Handicap et sexualité : un tremplin vers la réussite socio-professionnelle

Quand elle n’est pas simplement ignorée, la question des droits sexuels et reproductifs des femmes et filles en situation de handicap est négligée. Nonobstant les avancées réalisées d’un point de vue normatif, beaucoup reste encore à faire pour mettre cette catégorie de femmes à l’abri de divers maux.

Malgré la ratification par le Cameroun du Protocole de Maputo dont le 20ème anniversaire s’est célébré le 11 juillet de cette année, en matière de droits sexuels et reproductifs des femmes et filles en situation de handicap, la réalité est loin des obligations de l’Etat du Cameroun. De cet instrument juridique africain qui vise à promouvoir et protéger les droits des femmes, il ressort de l’article 14 que : « Les États assurent le respect et la promotion des droits de la femme à la santé, y compris la santé sexuelle et reproductive ». Ces droits comprennent entre autres le droit d’exercer un contrôle sur sa fécondité, le droit de décider de l’espacement des naissances, le droit de se protéger et d’être protégée contre les Infections Sexuellement Transmissibles (IST), et le droit à la planification familiale.

 Pas tout à fait des femmes comme les autres

Stigmatisation, accès limité à une information de qualité, inaccessibilité physique aux infrastructures en général et celles des services publics en particulier, répartition géographique inégale des hôpitaux et autres structures de santé sexuelle et reproductive, inaccessibilité des contraceptifs, manque d’éducation sexuelle, barrière de communication en l’occurrence pour les déficientes auditives sont autant d’obstacles qui demeurent un frein et empêchent à cette catégorie de femmes et filles de prendre des décisions de manière libre et éclairée. On note également le phénomène d’asexualisation des femmes et filles en situation de handicap, le dialogue entre les parents et enfants quasiment inexistant, ainsi que la formation des professionnels de santé qui est très peu inclusive et néglige la spécificité des besoins des femmes et filles vivant avec le handicap.

 Les conséquences sont lourdes et nous pouvons noter entre autres : les grossesses non désirées avec pour résultat soit la fin du parcours scolaire, soit des avortements illégaux et à risque, des infections découvertes très souvent au hasard quand elles ont déjà causé des dommages irréversibles, un taux de mortalité maternelle non négligeable en raison de l’absence de soins prénataux ou postnataux, des violences sexuelles que la plupart vivent en silence par peur, par honte ou simplement parce qu’elles ne savent pas vers qui ou quel service se diriger. Il s’agit d’une situation alarmante pour laquelle il n’existe malheureusement pas de statistiques officielles. Simple négligence ou volonté de ne pas attirer l’attention sur des réalités qui pourraient contredire le contenu de rapports parfois fantômes ? Difficile de répondre de manière tranchée. Toujours est-il que les femmes et filles en général et en situation de handicap en particulier ont besoin de lois, de politiques et de programmes qui tiennent compte de leurs besoins. On pourrait alors s’inspirer des pays comme le Bénin, le Mali ou encore le Tchad qui ont des lois relatives à la santé sexuelle et à la reproduction afin de voter une loi qui prend en compte la spécificité des femmes et filles en situation de handicap, en prévoyant notamment le droit à la non-discrimination et des sanctions contre tout abus de faiblesse et tout acte conduisant à la transmission consciente d’une Infection Sexuellement Transmissible ou du VIH/SIDA.

 Droits sexuels et reproductifs et ODD

Parfois réduits à de “simples” revendications faites pour lutter contre un patriarcat enraciné dans les cultures et traditions, les droits sexuels et reproductifs sont pourtant d’une importance capitale pour toutes les femmes et filles, y compris celles en situation de handicap. La santé, et notamment la santé sexuelle et reproductive est à la fois un préalable, un résultat et un indicateur des objectifs de développement durable 3 (Bonne santé et bien être), 4 (Éducation de qualité), 5 (Egalité entre les sexes) et 8 (Travail décent et croissance économique). L’on ne saurait donc se contenter éternellement de la fierté ponctuelle de voir l’État ratifier des textes qui malheureusement ne sont pas toujours appliqués dans leur entièreté.

 En effet, les instruments juridiques tels que le Protocole de Maputo n’ont aucune réelle valeur ajoutée s’ils ne sont pas domestiqués et pleinement mis en œuvre. Comme c’est le cas pour de nombreuses autres conventions qui ont été ratifiées par le Cameroun, il existe un décalage entre ce Protocole et la réalité du terrain. Même si des lois nationales essayent de s’y adapter, on pourrait se poser l question de savoir ce que vaut véritablement un droit dont on ignore l’existence. Les associations ont de ce fait un rôle important pour inverser la tendance. Ceci passe notamment par l’éducation et la sensibilisation des différentes parties prenantes, ce qui implique entre autres de rendre les textes accessibles à tous, ainsi que la mise en place de mécanismes de suivi et d’évaluation permettant de mesurer l’impact des actions entreprises sur le vécu quotidien des différentes cibles. Plus important encore, il est urgent de développer une vision commune pour la défense et la promotion des droits sexuels et reproductifs des femmes et filles en situation de handicap, ce qui nécessite un soutien des différents organismes et mouvements des droits des femmes et filles. L’égalité souhaitée demeurera une gageure si certaines catégories continuent d’être laissées de côté. C’est d’ailleurs le combat dans lequel s’est engagée l’association Handicapés et Fiers en abrégé HANDIFIERS. C’est une jeune association de droit camerounais à but non lucratif, fondée par une jeune tétraplégique qui, au vu de son parcours semé d’embuches et des soutiens qu’elle a reçu, s’est engagée au travers de celle-ci à valoriser la personne en situation de handicap, changer le regard de la société sur le handicap, normaliser le handicap et agir pour la création d’une société inclusive avec un accent sur l’égalité des chances et des droits et le traitement équitable.

 *Présidente de l’association HANDIFIERS créée en 2019

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