Aller à Bamendjou (1ère partie)

Une épreuve de nerfs et de patience

De Bafoussam à Bamendjou, cela fait juste 20 kilomètres. Mais les parcourir est une
véritable course du combattant, surtout pour ceux qui ont des problèmes de santé.
Il y a d’abord la route : hautement poussiéreuse en saison sèche (pour se protéger de la poussière pendant cette période, les usagers prennent toujours avec eux un pagne pour se couvrir pendant le trajet), presque impraticable en temps de pluies.

Il y aussi le genre de véhicule qui fait cette route : des vieux cars de marque RENAULT SAVIEM, que les usagers appellent « ne ghombè » (traduction : pour aller au village). C’est la seule route de la province où l’on rencontre encore cette marque de voiture dont les derniers spécimens datent de plusieurs décennies. On met cela sur le compte de leur solidité et surtout leur capacité de chargement.

Mais, de plus en plus, on rencontre des petites voitures sur la route de Bamendjou. Ces « clandos » ont été attirés par des bouts de bitume mis sur certains tronçons de la route. Il y en a exactement trois, sans qu’on sache pourquoi cela a été fait à ces endroits qui ne sont pas les plus difficiles. La preuve, lorsqu’il pleut, les voitures doivent faire le détour par Batié, Baham, Bandjoun avant de rejoindre Bafoussam, ce qui multiplie le trajet presque par trois.

Celles qui s’aventurent sur la route habituelle foncent souvent dans la boue ou patinent sur les montées. Les passagers sont alors contraints d’user de leur énergie physique pour « soutenir » les véhicules, un exercice au terme duquel ils sont couverts de boue…

Encombrement et surcharge

La « gare routière de Bamendjou » à Bafoussam est située devant les délégations provinciales des Travaux publics et des Domaines. Les véhicules stationnent à même la chaussée et obstruent l’accès à ces services publics. Ceux qui ne sont plus en état de marche sont garés le long de la route.

Comme il est de coutume dans les villes camerounaises, la présence d’une gare routière synonyme de fréquentation régulière de personnes a attiré de nombreuses autres petites activités. Ici, c’est un porte-tout qui fait office de cafétéria ambulante, en pleine chaussée : son propriétaire y a disposé un réchaud à pétrole, des tasses, des avocats, du café, etc.

Il sert du café avec de l’eau chaude; il fait des omelettes pour garnir du pain. La tasse se prend debout, au risque de se faire heurter par les passants. Là, c’est une vendeuse de beignets qui a fait son feu dans un hangar de fortune qui accueille des clients sur un banc en bambou. Plus loin, c’est une caisse qui offre des cigarettes, des bonbons et biscuits.

Les plus nombreux sont des vendeurs ambulants, souvent des enfants qui vont dans tous les sens et proposent toute sorte de marchandises : des « arachides du village » dans un plateau posé sur la tête, de la friperie de chaussures ou de vêtements, des chaussettes chinoises, des pièces de quincaillerie ou d’autres gadgets.

Le véhicule pour Bamendjou prend du temps pour faire le plein, parce que les passagers arrivent au compte goutte. « Si tu es pressé, prends la petite voiture, sauf que c’est plus cher», conseille un « chargeur ».500 F au lieu de 300F dans le « ne ghombè ». Des petites voitures, il y en a quelques-unes, dont une Renault 18.

On n’a pas besoin de spéculer sur son état ou son âge : il n’y a qu’à voir la peine que le conducteur a pour ouvrir les portières. Les sièges sont éventrés et laissent voir les bouts de ressorts par endroits. « Ça ne blesse pas. Il faut seulement éviter de frotter tes fesses dessus, sinon cela va déchirer ton habit ».

Bon conseil de chargeur! Mais la petite voiture met aussi du temps pour faire le plein : c’est-à-dire sept passagers, ce qui fera trois personnes à la cabine en plus du conducteur (celui-ci partage son siège avec un « petit chauffeur ») et quatre autres derrière. « Si on ne fait pas comme ça, se défend le conducteur, on ne va pas s’en sortir avec le carburant qui est cher et les contrôles qui nous dérangent ».

Déjà six personnes, mais on attend le dernier passager, le fameux « petit chauffeur ». Ceux qui arrivent veulent bien prendre place, mais ils sont trop costauds pour laisser le moindre espace au conducteur sur son siège.

Un passager piaffe d’impatience, parce que, dit-il, il s’en va à Bamendjou ramener un malade à Bafoussam. « J’ai déjà fait plus d’une heure de temps sur place. Si quelqu’un prenait la moto, il serait déjà arrivé ». Effectivement tout à côté des conducteurs de motos proposent le même tarif pour faire le voyage, mais avec deux personnes à l’arrière, ce qui ferait trois personnes sur la moto !

A une dame qui hésite, un de ces conducteurs se veut plutôt rassurant : « Nous en avons l’habitude et on arrive sans problème ». Mais la dame n’est pas rassurée, pas plus qu’elle n’accepte de surcharger la cabine de la petite voiture. Pendant que le conducteur de cette voiture continue d’attendre son dernier client, un groupe de passagers arrive. Ils sont assez nombreux pour faire le plein du car SAVIEM. « Venez compléter ici, on part », lance un chargeur aux passagers assis dans la petite voiture. Et voilà comment celle-ci se vide au profit du car au devant duquel il est écrit : « Tout est grâce » …

Pour accéder à l’intérieur, il faut s’accrocher à une barre de fer et grimper. Ce qui n’est pas aisé pour certains, notamment les personnes âgées. La cabine est très disputée, apparemment parce que c’est le seul siège « confortable », encore que les chargeurs y mettent quatre personnes. A l’arrière, on s’assied sur trois longs bancs rugueux dont deux se font face. Les jambes s’entrecroisent. Par ces temps de pluies, chacun en a pour sa dose boue.

« On va au village. On ne peut pas être propre », se console quelqu’un. Mais tout le monde ne va pas au village pour les mêmes raisons. Parmi les passagers, il y a un monsieur qui dit avoir rendez-vous avec le maire de Bamendjou et « ce ne serait pas poli de se retrouver sur la moquette de son bureau avec de la boue ». « On va faire comment ? », reprend quelqu’un, dépité. Puisque tout est grâce !
Enfin, les deux battants de la portière se rabattent et le car décide de bouger.

Mais c’est pour s’arrêter juste à côté afin d’ajouter l’air à ses roues dont les pneus sont usés. Entre-temps, les chargeurs collectent les frais de transport. « C’est pour payer la route », explique-t-on à ceux qui ne veulent pas s’exécuter. Et cela commence tout de suite parce qu’un homme en blouse, jusque-là invisible, surgit et tend au conducteur le « bordereau de chargement » qu’il paie à 250 F. Il doit aussi désintéresser la meute de chargeurs : 200F chacun.

Combien y a-t-il finalement de passagers dans le car ? Le décompte donne vingt-sept, mais il y en a aussi qui sont perchés à l’extérieur. Parmi eux, les deux « motor-boys » assistent le chauffeur pendant le voyage. Cette fois-ci, c’est la bonne. Le car doit partir. « Mettez la main, on tchouke », lance le chauffeur. Ses assistants (dont on commence à voir le rôle) et les autres chargeurs se mettent à pousser le vieux car, parce qu’il ne démarre pas à clé. Après quelques dizaines de mètres, il freine brusquement ! Le moteur déclenche et se met à ronfler, en laissant s’échapper un épais nuage de fumée. Le voyage peut commencer… (A suivre)

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