Dr. Richard NDI TANTO, Directeur du service œcuménique pour la paix

Vous venez de parler de la communication sociale aux animateurs de proximité. De quoi était-il exactement question ?
Ma communication est vraiment le centre de cette formation parce que tout passe par la communication. Une mauvaise communication va produire un mauvais feedback et une bonne communication va aussi engendrer un feedback positif. Tout passe par la communication et donc il faut renforcer les capacités d’animation d’une communauté pour bien l’aider à passer les messages qu’elle a reçus. Notre message avait rapport à notre processus démocratique, pour leur faire adhérer à ce processus car le Camerounais pour promouvoir la démocratie, doit participer au processus démocratique de son pays. L’objectif était de les former de telle sorte qu’ils soient à mesure de bien passer le message, de connaitre le contexte dans lequel ils doivent passer le message, de connaitre le contexte de l’environnement dans lequel ils doivent travailler, de connaitre pleinement ce qu’est la communication. Parce que la communication ce n’est pas tout simplement la parole, c’est aussi des gestes du corps, l’habillement et tout cela. Il faut qu’ils soient conscients que tout cela entre dans la communication. Et une communication pour être efficace doit avoir un feedback qui répond à l’émetteur. Nous avons essayé de voir le retour d’une communication qui est mauvaise, le retour d’une communication qui est bonne. On a fait l’analyse de tout cela pour dire qu’il y a des conditions préalables pour qu’une communication passe. Et il faut donc étudier le milieu, il faut passer le message par des canaux appropriés au milieu, il faut articuler le message de telle sorte que cela attire l’attention de votre cible et leur permettre d’adhérer à votre message. Donc voilà l’essentiel du message que nous avons passé aux participants.

De façon concrète, pour ceux des animateurs qui n’ont pas suivi votre exposé, pour bien communiquer, comment doivent-ils se comporter ? Que doivent-ils dire ou faire exactement ?
Pour bien communiquer, il faut avoir la maîtrise de l’environnement de la cible à laquelle vous voulez vous adresser. Il faut préparer le message en conséquence. Parce que pour un peuple qui est déprimé, vous ne pouvez pas prononcer n’importe quel message. Vous devez tirer de leurs besoins pour articuler le message. Vous devez les conduire vers une destination qui permet de résoudre leur problème. Voila le message qu’il faut passer à votre cible. Si nous passons un message qui n’est pas collé au milieu de la personne qui nous écoute, le message n’aura pas un feedback positif. Et quand il y a feedback positif, c’est que l’on est en train de renforcer les capacités à parler de celui qui nous écoute.

Est-ce qu’on peut savoir pourquoi c’est à quelques mois de l’année électorale au Cameroun que vous choisissez de former les animateurs de proximité et les medias à la communication sociale ?
Je crois que le timing de cette activité est idéal et la société civile est partenaire au processus électoral. Mais les partenaires clés qui devraient normalement parler de ces choses sont les partis politiques, parce qu’ils ont un intérêt précis parvenir au pouvoir. Et ils peuvent parvenir au pouvoir en faisant ce que nous sommes entrain de faire. Donc nous apportons ici la contribution de la société civile qui souhaite que les conditions des élections soient équitables pour tous. Vous savez, la société civile est comme les notables dans les chefferies qui choisissent le chef et ne peuvent jamais être chef. Voilà le rôle de la société civile : essayer de faire que chacun ait des possibilités d’aspirer au leadership de son pays. Notre action vise à remobiliser les Camerounais pour qu’ils participent au processus électoral dans notre pays. Un citoyen qui ne participe pas, qui n’est pas inscrit n’a pas une voix, il ne peut rien contester. Il subit tout simplement. Donc on est en train d’inviter les Camerounais à ne plus subir mais à être des acteurs et cela en s’inscrivant sur les listes électorales pour choisir leurs leaders.

Vous avez dit du conflit qu’il est neutre. Pensez –vous que le citoyen Lambda aujourd’hui au Cameroun manipulé qu’il est il, vous comprenne et entrevoit une quelconque prospérité au bout du conflit ?

Ce que je voulais par là dire c’est que nous avons toujours le choix. C’est nous qui choisissons. Le choix n’est pas imposé par le conflit. Disons que si dans le passé on avait tendance à croire que le conflit était négatif, il faut désormais regarder les aspects du conflit. Ils permettent que la vie devienne un peu plus dynamique. Le conflit est à la base de la richesse des débats, des compétitions, des défis. S’il n y a pas conflit, il n y a pas défi, et un monde sans défi est un monde mort. Donc le conflit a une utilité mais ce qui nous manque c’est la façon d’exploiter cette utilité qui réside dans le conflit. Si les Camerounais pouvaient se transformer en regardant beaucoup plus le conflit dans sa potentialité je crois qu’on ferra beaucoup d’avancées. Quand quelqu’un conçoit le conflit comme négatif, nécessairement il se sent négatif, son image du conflit est négative et ses approches à résoudre le conflit sont aussi nécessairement négatives. Ce qui engendre les conflits. Il faut donc concevoir la paix comme une gestion efficace du conflit, la paix revient au bout d’un conflit bien géré. Si tous les citoyens pouvaient ainsi concevoir le conflit, je crois que chacun sera dans la dynamique de construction pour que le Cameroun ait une véritable paix.


Entretien mené par Dexter NANA

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