Les députés interpellés par la société civile

Il leur est reproché le fait de ne pas faire remonter au niveau de l’Assemblée nationale et du Ministère de l’économie, de l’aménagement du territoire et de la planification, les informations relatives aux malfaçons observées dans le cadre du suivi du Budget d’investissement public, Bip.

Dans le cadre du suivi indépendant de l’exécution physico-financière des investissements publics dans la région de l’Ouest, trois Organisations de la société civile se sont mis ensemble pour restituer les résultats de leur travail sur le terrain. Il s’agit du Research Institute for development (Ridev) à Bafoussam, l’Association pour la promotion des actions de développement endogènes rurales (Apader) dans le Ndé, le Centre international bilingue d’accueil et d’encadrement des jeunes vulnérables Atela (Cibaeeva) dans la Menoua et l’Association pour un développement intégré (Asdi) dans le Haut-Nkam. Par le passé, ces rapports alternatifs étaient restitués seulement dans les départements, dans les comités du Bip. A en croire Théophile Sobngwi, le secrétaire exécutif du Ridev, les Osc qui bénéficient d’un appui du Paddl-Giz dans le cadre du suivi sur le terrain ont opté pour une version consolidée à présenter au grand public en général et aux hommes et femmes des médias en particulier. « Les Osc ont été appuyées individuellement par le Paddl-Giz mais ont décidé de se mettre ensemble pour cette restitution », a précisé le secrétaire exécutif du Ridev. Le Paddl-Giz était fortement représenté à cette rencontre, aux côtés du délégué régional du Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunal (Feicom), du chef de brigade des marchés publics à l’Ouest et du contrôleur départemental des finances pour la Mifi.

De prime abord, le suivi a fait ressortir que le taux d’exécution des projets a baissé en 2013, beaucoup de retards sont observés dans la mise en œuvre, les malfaçons sont récurrentes, certains projets risquent de tomber dans la forclusion tandis que certaines malfaçons dénoncées en 2012 n’ont pas été systématiquement corrigées. Des photos du suivi indépendant, il en ressort des fondations des bâtiments mal faites, ou mal consolidées, avec pour conséquence les sols fissurés ; le mauvais dosage des parpaings ; la mauvaise qualité d’ardoisine sur les tableaux ; des bâtiments sans trous d’aération ; des tables-bancs ne respectant pas les dimensions requises… Dans le département du Haut-Nkam par exemple, la réhabilitation de la route du foyer Badoumka-Falentcha était à % de taux de réhabilitation au mois de janvier 2014. Idem pour le chantier de construction du ponceau de Banengo, la construction de 2 salles de classe à l’école publique de Tomdjo (Bafoussam 1er) et à l’Enieg de Bandjoun, la construction d’un bloc de maternité au Centre de santé intégré de Mtiéki-Bandjoun, dans le département du Koung-Khi. Entre autres facteurs à l’origine de ces manquements, ont peut citer le retard accusé dans la mise à disposition des crédits de paiement par le ministère des finances, la réforme du système des marchés publics, la réforme budgétaire avec l’entrée en vigueur du budget programme, le retard accusé dans la passation des marchés publics, la faible collaboration entre les administrations et la faible maîtrise de leurs rôles par certains acteurs. C’est dans ce sillage que les députés, qui sont les présidents des comités de suivi de Bip, ont été interpellés par la société civile. Celle-ci croit savoir qu’en tant qu’élus du peuple, ils ne jouent pas efficacement leur rôle ; à savoir porter les observations et les dénonciations des populations bénéficiaires des différents projets du Bip au niveau du parlement.

A côté des membres des comités de suivi qui ne participent pas activement aux réunions, les représentants des Organisations de la société civile ont des attitudes attentistes et s’impliquent très peu dans le suivi du Bip tandis que certains responsables des services déconcentrés de l’Etat tardent à s’approprier le concept de transparence et de participation dans la gestion des affaires publiques et snobent la société civile. Des échanges, il est ressorti que la présence sur le terrain des responsables du ministère des marchés publiques contribue à améliorer la qualité des ouvrages qui ne bénéficient malheureusement pas des budgets pour la maintenance. Le délégué régional du Feicom a insisté sur l’éducation citoyenne des populations en vue de la bonne utilisation des ouvrages mis à leur disposition. Roger Kwidja, le président de Apader, quant à lui fait remarquer que beaucoup d’Osc, malgré la mobilisation communautaire, traînent le pas par rapport au suivi indépendant. D’où l’invite, à l’endroit des Osc, à travailler sur le terrain afin de donner des éléments crédibles aux partenaires techniques et financiers en vue d’un éventuel financement. Nicolas Maistre n’a pas manqué de rappeler aux Osc qui bénéficient du soutien du Paddl-Giz qu’elles doivent pouvoir s’autonomiser pour la suite de leur travail. « Dans les 4 régions du pays que nous couvrons, précise t-il, on constate une appropriation des Osc et des populations dans le suivi du budget d’investissement public ».

Tout est parti du constat selon lequel l’Etat accorde du prix aux investissements publics dans l’optique d’améliorer les conditions de vie des populations à la base. Seulement, plusieurs projets sont mal réalisés ou ne le sont pas du tout. Dans les années 2006, le taux d’exécution du Bip au Cameroun oscillait entre 95 et 100%. Mais avec le suivi participatif depuis 2008, ce même taux est passé à moins de 80% et par la suite on a commencé à avoir le taux réel de l’exécution du Bip au Cameroun. L’un des objectifs des rapports alternatifs est de présenter et dénoncer les malfaçons pour que les administrations concernées puissent faire apporter des rectifications. En termes de perspectives, les Osc engagées dans le suivi du Bip dans la région de l’Ouest envisagent l’étendre à tous les projets financés par les pouvoirs publics, couvrir les 8 départements (6 seulement sont couverts actuellement) , renforcer la mobilisation communautaire et évaluer le niveau de satisfaction des besoins des populations. Dans la région de l’Ouest, le Programme d’appui à la société civile, Pasc, dont Zenü Network est l’Organisation relais dans la région de l’Ouest, encourage la mobilisation citoyenne et le renforcement de la gouvernance à travers des ateliers de formation et le financement des projets dans le cadre de ses devis programmes.

Blaise Nzupiap

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