Céline FOKOU, Animatrice PJCC/ Hauts-Plateaux.

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Pendant un mois vous étiez attelés à l’activité dénommée rentrée scolaire sans effectifs pléthoriques. Peut-on commencer par savoir de quoi il était effectivement question ?

La campagne « Rentrée scolaire sans corruption» est une activité périodique de rentrée scolaire qui a été conçue pour démanteler les foyers de corruption pendant les inscriptions. Il s’agit d’une campagne organisée en vue de combattre entre autres le monnayage des inscriptions dans les établissements scolaires, vérifier que les instructions ministérielles relatives à une rentrée scolaire saine sont appliquées sur le terrain. Par cette campagne, nous essayons de mettre les parents à l’abri de l’arnaque et faire que le mérite règne. Cependant, cette campagne 2016 a été un peu particulière, car elle a été marquée par le sceau des nouvelles directives du ministre des enseignements secondaires qui plafonnent les effectifs des élèves par classe. Ainsi, notre campagne rentrée scolaire sans corruption s’est muée en « rentrée sans effectifs pléthoriques », naturellement avec les mêmes objectifs. Nous assurer du respect des nouvelles directives du Ministre des enseignements secondaires, vérifier que les recrutements et inscriptions dans les établissements scolaires se font à l’abri de toute corruption.

Pour cette activité, vous étiez dans le département des Hauts-plateaux. Sur combien d’établissements a porté votre enquête et quelle était votre méthodologie ?

Dans le département des Haut-Plateaux nous avons travaillé dans cinq établissements qui bénéficient déjà de l’accompagnement de leurs Club d’Education Civique et d’Intégration Nationale (Cecin) par Zenü Network. Ce sont respectivement le Lycée technique de Bameka, le Lycée de Bameka, le Lycée de Bahouan, le Lycée Bilingue de Bamendjou et le Lycée Bilingue de Baham. En ce qui concerne la méthodologie de travail, il était question de faire des descentes inopinées dans les établissements scolaires afin d’interroger nos différentes cibles qu’étaient les chefs d’établissements, les parents d’élèves et les élèves avec un guide d’entretien. Nos propres observations n’étaient pas en reste car, bon nombre de documents devraient être affichés dans les braillards et devant les salles de classes. Nous avons parcouru ces établissements scolaires pour nous assurer de l’effectivité de ces affichages et vérifier la véracité des déclarations des chefs d’établissements.

Votre présence en cette période de rentrée scolaire dans les lycées était-elle la bienvenue ?

L’accueil dans les établissements scolaires n’était pas des plus chaleureux pour au moins deux raisons. Premièrement, la rentrée scolaire est un moment d’intenses activités pour les encadreurs qui sont conviés à plusieurs réunions, leur hiérarchie attend d’eux qu’ils leur transmettent certains documents. Par conséquent, toute visite inopinée comme la nôtre, qui ne concourt pas directement à leur rendre service n’est pas la bienvenue. Nous sommes considérés comme une « gêne », cela ne se dit pas, mais se voit à travers la gestuelle, la mine des responsables qui ne se montrent toujours pas enthousiastes, ou ravis par notre présence.
Deuxièmement, en tant qu’acteur de lutte contre la corruption, nous sommes considérés comme les collaborateurs de la CONAC par exemple, ou tout organe qui a le pouvoir de sanctionner sévèrement le non-respect de la règlementation et des actes de corruption. Ainsi, nous sentions une certaine crainte des chefs d’établissements, qui appréhendaient peut être des éventuelles sanctions qui pourraient suivre après notre passage. Par contre, d’autres nous ont bien accueillis malgré le fait qu’ils n’aient pas eu assez d’informations à nous donner, car nouvellement installés dans leurs fonctions.

Sur combien d’établissements a porté votre enquête et les résultats sont-ils à même de rendre objectivement compte de la réalité du phénomène de corruption dans les établissements en période de rentrée scolaire ?

Dans les cinq établissements enquêtés cités plus haut, nous avons pu recueillir des informations à travers les interrogations des cibles et nos propres observations. Toutefois, au regard de certaines difficultés rencontrées, nous pensons ici à l’absence des parents d’élèves dans les établissements, lesquels pouvaient nous donner des informations contradictoires lors de nos descentes, nous ne pouvons que partiellement rendre compte du phénomène de corruption dans ce département des Hauts-plateaux. Les informations recueillies n’ont malheureusement pas été confrontées à des sources contradictoires.

En dehors de l’absence de source contradictoire, à quels autres types de difficultés vous êtes-vous heurté sur le terrain ?

Nous nous sommes heurtés à plusieurs difficultés lors de ce travail d’enquête. Il y a déjà que toutes les cibles n’étaient pas présentes. Les parents d’élèves par exemple. Il y a aussi le refus de certains chefs d’établissements de nous fournir les documents relatifs aux recrutements et inscriptions (listes des élèves transférés et recrutés, le nombre de places disponibles, les membres de la commission de recrutement et le rapport de leur réunion, les listes provisoires etc.). Tous ces écueils auraient pu être évités si nous avions un mandat écrit et signé par la Délégation Régionale des Enseignements Secondaires avec qui Zenü Network a un accord de partenariat. La nomination des chefs d’établissements après la rentrée a constitué un obstacle à la bonne marche de l’activité dans la mesure où les nouveaux responsables n’étaient pas encore suffisamment imprégnés de ce qu’avaient fait leurs prédécesseurs.

Quels types de pratiques ou de faits irréguliers avez-vous observés sur le terrain ?

Les faits irréguliers n’ont pas été nombreux, du moins pas dans à notre connaissance. Toutefois, nous pouvons indiquer comme faits irréguliers, une certaine absence de cohérence entre le rapport des commissions de recrutement et les listes définitives, le non affichage des listes des élèves devant chaque classe dans certains établissements, le dépassement des effectifs prescrits par la hiérarchie dans certaines classes, les 3e en particulier.

Ces faits irréguliers à votre avis relèvent-ils des dysfonctionnements ou de la volonté de certains responsables de contourner les instructions de leur hiérarchie ?

D’une part, nous pouvons dire que ces irrégularités relèvent du dysfonctionnement du système car, en ce qui concerne les effectifs par exemple, les conseils de classe avaient déjà siégé et arrêté le nombre d’élèves par classe avant la sortie de la circulaire ministérielle. D’autre part, ces irrégularités nous pensons, relèvent de la mauvaise foi des responsables pour masquer leurs manœuvres en ce qui concerne l’affiche des documents prescrits. Sinon, pourquoi le nombre de places disponibles n’est-il pas affiché partout ? Encore que les critères de recrutement ne sont pas connus par tous.

Entretien conduit par Dexter Nana
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