Résistances : Les multiples visages de la corruption en milieu scolaire

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Plus la corruption est combattue, et mieux elle semble bien se porter au sein des établissements scolaires.

Depuis une dizaine d’année maintenant, Zenü Network, une organisation membre d’un réseau des associations de la société civile basées dans la région de l’Ouest,  a fait de la lutte contre la corruption en milieu scolaire son cheval de bataille. A travers son Projet  Jeunesse Culture et Citoyenneté(Pjcc) et grâce au Mécanisme de Protection des Dénonciateurs des actes de Corruption en milieu scolaire, ce sont environ trois cents établissements scolaires publics  et privés laïcs comme confessionnels, qui ont bénéficié, à travers l’accord de coopération signé entre Zenü Network et la Délégation Régionale des Enseignements Secondaires de l’Ouest, d’un encadrement et d’un accompagnement dans la lutte contre la corruption et le harcèlement sexuel.

Pendant toutes ces années du Pjcc, Zenü Network a conçu  et testé  avec l’aide de ses différents partenaires et certains professionnels de l’éducation, un ensemble d’outils dont l’aptitude à réduire les actes de corruption en milieu scolaire à défaut de les éradiquer complètement, est aujourd’hui plus  qu’avérée.  Ces outils sont le Club d’Action Culturelle et Citoyenne(CACC) devenu désormais le Club d’Education Civique et d’Intégration Nationale(Cecin), la Boîte à dénonciation, l’observatoire des actes de corruption, la mallette pédagogique du Cecin, le Guide de gestion des Associations des Parents d’Elèves et Enseignants(Apee), le Code de Dénonciation Citoyenne(CDC) pour ne citer que ceux-ci. Aujourd’hui, exit le Projet Jeunesse Culture et Citoyenneté, place désormais au Programme d’Education  à Citoyenneté Active et à la Culture(Pecac) dont le champ d’action couvre en plus de la région de l’Ouest, le département du Mfoundi dans la région du Centre, en attendant de pouvoir couvrir demain l’ensemble du territoire national camerounais.

Au moment où le trentième sommet des chefs d’Etat de l’Union Africaine se referme, sommet au cours duquel la corruption a été dénoncée comme un véritable frein au développement du continent, il n’est pas sans intérêt de rappeler que Zenü Network qui l’a longtemps compris en avance, a identifié différents visages de la corruption en milieu scolaire et inventé des instruments pour la combattre.    Seulement voilà, la corruption en milieu scolaire semble prendre la forme d’une  hydre qui se voit pousser plusieurs autres têtes lorsqu’on lui a coupé une.

En réalité, tout se passe comme si les auteurs des actes  de  corruption en milieu scolaire et les dénonciateurs, se livrent à un jeu de dames dans lequel chacun de son côté affine ses stratégies pour ne pas perdre la partie. Les acteurs de la corruption, qu’ils soient les corrompus ou les corrupteurs, chaque jour, réfléchissent aux différentes astuces pour contourner  les lumières que les dénonciateurs des actes de corruption braquent sur eux. Ce faisant,   la corruption en milieu scolaire se porte toujours très bien et même peut être mieux que lorsqu’on ne lui faisait pas la guerre.

Le véritable problème ici, c’est que les acteurs de la corruption, dans leur nouvelle stratégie, ont compris que pour fonctionner en toute quiétude et continuer à se remplir les poches, sans attirer sur eux  les foudres et les regards des institutions ou des organisations qui combattent les pratiques de corruption, il faut se déclarer le chantre ou les champions  la lutte contre la corruption.  Conscients sans doute que  la meilleure défense ou protection c’est l’attaque, ils sont les premiers à sensibiliser leurs collaborateurs sur la nécessité de lutter contre la corruption, à tenir les discours aux grands relents de moralité, à exhorter les Clubs d’Education Civique et d’Intégration Nationale(Cecin) à exister et être fonctionnels dans leurs établissements scolaires, ou encore à faire afficher à différents coins de l’établissement scolaire des messages de lutte contre la corruption et le harcèlement sexuel. Si dans les discours et dans les apparences, tout semble parfait, dans la réalité et dans les pratiques, tout est déception. Certains établissements scolaires, expliquent des responsables des enseignements secondaires dans des moments d’éphorie, sont de véritables bordels ou de maisons de prostitution,  où viennent se servir certaines élites le week-end avec la complicité des chefs d’établissements ou d’autres intermédiaires qui se recrutent toujours au sein de la communauté éducative. Il est à noter  que  c’est pour s’assurer des promotions ou pour conserver en toute quiétude leurs fonctions avec tous les avantages qui y sont attachés, que ces responsables se changent en proxénètes au service de certaines élites pédophiles.

Depuis cette rentrée scolaire 2017 2018, il a aussi été donné d’observer que dans certains établissements scolaires où la tonalité des discours est à la lutte contre la corruption, les bureaux des associations des parents d’élèves et enseignants n’ont pas été renouvelés au grand mépris de la réglementation en vigueur et avec la bénédiction des chefs d’établissements. A cette peinture qui ne fait pas honneur à l’éducation, ajoutons les faits d’armes  récents de certains  inspecteurs pédagogiques régionaux,  qui au prétexte des missions d’inspection, ont fait honte à tout le corps enseignant. Leur mission d’inspection s’est transformée en une aventure d’escroquerie donc le seul but visé était d’extorquer de l’argent aux chefs d’établissements. C’est pour cette raison, qu’ils ont jugé  parfois ridicules les sommes qu’on mettait à leur disposition et pour lesquelles ils n’ont légalement aucun droit, rappelant au passage qu’ailleurs certains chefs d’établissements se sont montrés plus que généreux.  Certains de ces inspecteurs, comme de petits bandits amateurs qui ne se sont pas mis d’accord sur le mode de partage du butin, en sont venus aux mains. Et aujourd’hui, il se pourrait que ces deux inspections soient d’ailleurs jusqu’à nouvel ordre, suspendues de toute mission sur le terrain.

De toute évidence, plus le temps passe et sur le terrain les nouvelles formes de corruption apparaissent, rendant toujours plus complexe la tâche des combattants de la corruption en milieu scolaire. Ceci étant, comme l’homme qui recherche la vérité et qui est condamné à une course sans fin, les associations comme Zenü Network qui s’investissent dans  la lutte contre la corruption en milieu scolaire, savent désormais très exactement à quoi s’en tenir. Ne jamais se réjouir, ni se satisfaire des résultats obtenus. Toujours rester en éveil car l’hydre de la corruption elle, ne semble pas du tout disposée à perdre la partie.

Dexter NANA

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