Le journalisme citoyen m’a permis de contribuer au changement de mentalité

Vivien Tonfack : «Le journalisme citoyen  m’a permis de  contribuer au changement de mentalité»

Invité à Zenü Network pour participer à un atelier d’échange sur le journalisme citoyen, il a fait un témoignage bien émouvant. Au terme de l’activité nous l’avons convié à le résumer pour vous. Mais avant cela, il nous redéfinit  la notion de journalisme citoyen.

Un journaliste citoyen c’est d’abord un journaliste comme les autres. Mais c’est aussi celui qui a la particularité de mettre au centre de son activité de tous les jours, l’amélioration des conditions de vie de  ses concitoyens, c’est-à-dire porter à l’attention  des décideurs tout ce qui ne va pas  dans la société dans le but de les inciter  à améliorer lesdites conditions de vie. C’est vrai que cette formation n’est pas nouvelle pour moi. J’ai suivi une première à Douala en 2012 et cela m’avait déjà permis de mettre en place mon blog «  tonfack.ovablog.com ». C’est à partir de ce séminaire de 2012 que je m’étais engagé à administrer ce blog et depuis lors il a permis d’apporter pas mal de solutions dans l’optique de faire bouger les lignes à plusieurs niveaux. A titre d’illustration, je parlerai  ici à Bafoussam par exemple,  des situations de racket qu’il y a eu à l’hôpital régional. Et  je me souviens à l’époque, j’ai fait une enquête et au moment de la publication, le directeur régional  a souhaité qu’on laisse tomber. Malheureusement l’information a été publiée et j’ai reçu  plus tard des appels des agents  de renseignements  qui visiblement, ont poussé l’enquête plus loin et  la pratique a été finalement abolie. Le deuxième témoignage que je peux faire porte sur la distribution des moustiquaires imprégnées. On était passé de ménage en ménage sensibiliser. Et à un certain moment nous avons eu l’information selon laquelle les moustiquaires étaient arrivées. Mais les jours passaient et malheureusement on ne distribuait rien  dans les ménages. Nous avons alors mené une enquête et quelques  jours plus tard après publication, la distribution a commencé. Nous  disons qu’à partir de ces séminaires ou de ces blogs que nous avons mis sur pied, nous publions nos enquêtes en toute liberté. Parce qu’une information qui est censurée par ma rédaction est publiée dans mon blog automatiquement. Ça fait que là nous avons plus d’ouverture, nous n’avons pas de contrainte, on est plus libre dans son travail. Donc voilà un peu comment cette formation sur le journalisme citoyen  m’a permis de  contribuer au changement de mentalité  et à l’amélioration des conditions de vie de nos concitoyens.

Que dire de la situation un peu précaire des journalistes avec la convention collective qui jusque là n’est pas appliquée.  Cette précarité ne rend-elle pas  fragile  le journaliste qui veut se montrer citoyen ?

Oui, la convention collective a  été adoptée, mais elle n’est pas encore mise en application. Et cela fragilise vraiment. Parce qu’un journaliste citoyen doit d’abord être un journaliste qui a le minimum pour exercer en toute liberté. Vous n’êtes pas sans savoir que les journalistes aujourd’hui face  à diverses formes de pression. Il y a des acteurs qui vous proposent de l’argent  pour que vous mettiez une information sous embargo, pour que vous fassiez un black out sur une information. Je crois que chez tout le monde on n’a jamais suffisamment d’argent, mais un journaliste qui a au moins le minimum ne se pose pas certaines questions, et à un certain moment peut être plus libre dans l’exercice de sa fonction. Donc un journaliste pour être plus citoyen  doit bénéficier des conditions de travail optimales. J’ai au cours de ce séminaire pris l’exemple de certains de nos confrères qui à un certain moment lors  des élections en 2013 ont  détruit des preuves de fraude tout simplement parce qu’ils avaient besoin d’un peu d’argent. Ce sont des situations  regrettables.  Car si le journaliste en ce moment là ne se posait pas certaines questions, il sait qu’il a un loyer à payer, il sait qu’il a une famille à nourrir, il sait qu’il a un avenir à préparer, une retraite à préparer. Si toutes les conditions étaient réunies, je crois qu’à un moment il refuserait d’accepter certaines choses. Mais cela ne justifie rien, aujourd’hui dans notre contexte, lorsqu’on a choisi ce métier on doit se dire que c’est un métier de sacerdoce et on doit travailler pour le peuple, travailler pour la communauté et quelles que soient les conditions on doit se battre à faire notre travail  et rien que notre travail.

Propos recueillis par Dexter Nana

 

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