La situation précaire des journalistes et la crise économique ne doivent pas se constituer en obstacle à la pratique du journalisme citoyen

Franklin Kamtche : «La situation précaire des journalistes et la crise économique ne doivent pas se constituer en obstacle à la pratique du journalisme citoyen »

Responsable régional Ouest et Nord-Ouest du quotidien Le Jour, il parle de son expérience de terrain dans le cadre du journalisme citoyen.  

Vous sortez  d’une session d’échange au cours de laquelle on vous a parlé du journalisme citoyen. Peut-on savoir de quoi il était exactement question ?

Pour moi c’est un journalisme engagé. Il faut éviter à la fois la neutralité idéologique  inutile et le copinage avec les acteurs sociopolitiques. Il me semble bien que c’est un chemin sur lequel je suis engagé depuis plus de 20 ans. Ma présence n’est pas le fait d’une ignorance. C’est simplement que de temps à autre il faut vérifier qu’on est encore sur la ligne. Si non, autrement on pourrait demander dans ce contexte à avoir des choses à dire plutôt que d’écouter. Mais on voudrait quand même revisiter de temps à autre ce qu’on sait faire ou qu’on croit faire pour voir si cela correspond à un certain nombre d’objectifs qu’on peut  s’être fixés personnellement. Parce qu’il ne s’agit pas forcément d’exigences professionnelles publiques. Elles ne sont pas exprimées par les promoteurs de médias. La preuve c’est que lorsqu’on le fait, on est souvent en porte à faux  avec leurs intérêts. C’est la raison pour laquelle  il arrive assez souvent que certains papiers ne passent pas parce qu’ils ne cadrent pas avec les intérêts  des promoteurs de medias. Et on sait ce que le capital fait sur l’intelligence.

Connaissant la situation précaire du journaliste au Cameroun avec la convention collective certes  signée mais pas toujours appliquée, est-ce que c’est vraiment possible dans ce contexte de crise économique et de précarité, de parler  fondamentalement de journalisme citoyen ?

Je vais vous répondre facilement. J’ai travaillé dans la presse pour rien. Il m’est possible à titre personnel d’écrire des articles sans qu’on me paye.

Oui, mais la question ici ne vous concerne pas à titre strictement individuel…

D’accord je vous comprends. Maintenant lorsqu’on commence à voir le contexte global, peut-être que j’ai pu le faire parce que j’avais d’autres moyens de me nourrir, d’envoyer mes  enfants à l’école. Il nous faut reconnaitre que la situation de précarité camerounaise est également  endoctrinée par les journalistes. Ils  ne font pas  beaucoup d’efforts pour qu’on les respecte, ou seulement même pour exiger des conditions acceptables de travail. Mais je crois qu’à l’intérieur du Syndicat National des Journalistes du Cameroun (SNJC) il ya un effort qui est fait dans ce sens là pour rappeler aux gens qu’ils travaillent et que lorsqu’on travaille il y a un certain nombre d’éléments qui l’attestent. Il y a le contrat de travail, les conditions salariales, il y a le minimum vital.  Je ne suis pas sûr qu’on ne nous traite pas bien parce que l’argent manque. Parce que pendant que ces gens tirent le diable par la queue, les promoteurs des médias se portent bien et roulent dans de grosses cylindrées, ils construisent de grosses maisons. C’est chaque jour qu’ils vont en Europe. Ils ne marchent pas à pied et vous savez bien qu’un billet d’avion  peut payer le salaire d’un jeune journaliste pendant un an.  Il se trouve aussi simplement que dans le contexte dans lequel nous vivons, les jeunes sont dépolitisés, ils n’ont pas de conscience professionnelle c’est-à-dire qu’ils ne savent pas pourquoi ils font ce qu’ils font. Ils ne savent pas que ça devrait les nourrir. Et c’est ce petit jeu dans lequel beaucoup finissent par se perdre.

Pour vous qui avez une bonne connaissance de la  notion de journalisme citoyen, vous  êtes vous retrouvés dans votre élément au regard de tout ce qui a été dit ce jour ?

Je crois pour l’essentiel  que oui. Faut quand même dire qu’avant d’en arriver à l’exposé théorique sur le journalisme citoyen, il y a eu un partage d’expériences. Sur les dix cas qui ont été sollicités, aucun n’était hors sujet. La preuve qu’en venant chacun savait où il allait. Je crois qu’il n y a pas meilleur indicateur que celui là.

Entretien conduit par Dexter Nana

 

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