INTERVIEW : NGOLLO NGOLLO, Président du comité d’action citoyenne du cadre de concertation osc/partis politiques : « Quand nous conduisons une activité, nous attendons de ceux qui peuvent nous apporter la contradiction qu’ils soient présents ».

Qu’est-ce qui vous a motivé à organiser cette séance de restitution des résultats des six premiers mois de votre action de suivi citoyen de la voirie urbaine de Bafoussam ?

Il est de notre devoir de communiquer. Le comité est là aussi pour communiquer et rendre compte de ses actions sur le terrain, communiquer aussi pour attirer l’attention des populations sur les responsabilités des personnes qui ont le devoir de veiller sur leur bien être. Nous devons communiquer sur ce que font les responsables. Dès lors que nous sommes entrés en contact avec eux et qu’ils nous ont déroulé leur agenda, il était du devoir de notre comité de partager toutes ces informations avec les citoyens qui doivent bénéficier de ces actions. Nous avons organisé cette séance de restitution dans le but de partager les informations à notre disposition, et entendons que les journalistes présents à notre séance de restitution, assurent le relai. En fait, nous avons recueilli un ensemble d’informations que nous jugions utile de partager. Elles ne sont pas toutes parfaites, mais nous devions les partager quitte à ce que certains responsables trouvent à les corriger le moment venu si nécessaire. Nous avons aussi organisé cette séance de restitution, dans le but d’échanger et recevoir de toutes les personnes présentes, des conseils allant dans le sens de la correction et de l’enrichissement de notre travail en vue du bien être des citoyens de la ville de Bafoussam.

Après six mois d’existence et de travail sur le terrain, comment le comité mesure t-il ses résultats ?

Vous pouvez le comprendre, rien n’a été facile pour nous au départ. Il se trouve que dès l’entame, nous n’avons pas eu la même compréhension que les initiateurs. Mais fort heureusement, les choses se sont poursuivies dans le bon sens avec l’aide de Zenü Network à qui nous disons grandement merci pour son appui et ses encouragements. Aujourd’hui à l’heure de l’évaluation, nous pouvons dire avec assurance que nous avons évolué étant donné que nous disposons des résultats bien mesurables. Certaines personnes peuvent trouver que nos résultats ne sont pas probants, tout dépend du bord où on se trouve. En tout état de cause, nous avons fait un pas, et nous comptons bien faire d’autres pas encore, pour rentrer davantage dans la dynamique d’une citoyenneté remarquable par tous.

Quel constat majeur avez-vous fait dans votre action de suivi de la voirie urbaine de Bafoussam ?

Le constat qui est le notre depuis la mise sur pied de notre comité de suivi, c’est qu’en réalité, il y a beaucoup de choses qui avaient été prévues, mais seulement, tout laisse croire que très peu sera mis en œuvre dans le cadre du projet CD2. Comme vous le savez, il était prévu dans le cadre de ce projet, la construction ou réhabilitation de 31 km de route dans la ville de Bafoussam. Mais au final ce sont seulement 19 km qui vont être réhabilités et vous voyez que c’est très peu. Ceci veut dire que certaines populations qui jubilaient déjà à l’idée de voir leurs voies d’accès être réaménagées vont vraiment déchanter. Il faut aussi dire que l’enveloppe budgétaire prévue pour ces travaux qui était de 29 milliards a été ramenée à la somme de 19 milliards six cent millions de francs CFA. D’après ce que nous avons encore eu comme informations, il se pourrait que, cette enveloppe aille encore subir une cure d’amaigrissement au moment de l’exécution des travaux. Voilà la réalité qui doit être portée à la connaissance des populations de la ville de Bafoussam. Elles sont les bénéficiaires de ce projet et doivent être informées de tout ce qui se passe pour pouvoir demander aux différents responsables de rendre compte.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières lors de la collecte de toutes ces informations ?

Effectivement, nous avons rencontré de nombreuses difficultés. On doit ici évoquer l’indisponibilité de certains responsables à nous donner l’information nécessaire, certains se sont montrés très peu disposés à nous recevoir, nous obligeant par leurs réticences à faire plusieurs tours dans leurs bureaux. Nous avons aussi surtout eu des difficultés liées à la modicité de nos moyens. Nous avons disposé en réalité de notre seule volonté comme moyens pour réaliser tout ce travail. Toutefois nous ne nous sommes pas laissé décourager par ce manque de moyens financiers. Nous sommes des citoyens et c’est dans un esprit citoyen que nous avons décidé de faire ce travail. Voilà pourquoi l’absence de moyens n’a pas vraiment constitué pour nous un blocage.

Votre séance de restitution a quelque peu été brouillée par la société ENEO qui a suspendu l’énergie comme à son habitude et les sectorielles qui ont boudé votre invitation. Comment avez-vous vécu tout ceci ?

Nous sommes Camerounais et nous sommes un peu vaccinés contre tous ces aléas. Au cours de notre restitution, un membre du comité a parlé de la dynamique d’intérêt. Nous supposons tout simplement que les sectorielles pensent ne pas trouver leur intérêt dans cette activité ou pensent se placer au dessus des autres, étant donné qu’elles pensent avoir l’exclusivité de la source d’information. Les autres d’après elles, doivent se mettre au pas et suivre leur dictat. Mais nous pensons que ce genre de comportement que nous jugeons déplorable doit cesser. Les sectorielles doivent collaborer avec les Osc qui sont prises en compte par la législation camerounaise dans le cadre du suivi citoyen des politiques publiques. Quand nous conduisons une activité comme celle qui nous regroupe aujourd’hui, nous attendons que ceux qui peuvent nous apporter la contradiction soient présents. Mais quand ils ne répondent pas à notre invitation, nous ne pouvons que constater et aller de l’avant. Pour ce qui est du lâchage d’ENEO, cela ne nous surprend plus. Il y a au Cameroun « air peut être » un peu partout et nous avons appris à faire avec.

Que dire aussi l’absence du parti au pouvoir qui aurait dû occuper une place centrale dans votre comité, mais dont l’absence est ici à déplorer surtout qu’il avait choisi de commencer l’aventure avec vous ?

Une fois de plus, nous ne sommes pas surpris par l’absence du RDPC, d’autant plus qu’il ne s’agissait pas ce jour d’un meeting politique destiné à chanter les louanges du président de la république et du parti au pouvoir. Mais nous pensons que c’est un très mauvais calcul que font les responsables de ce parti là, car le Cameroun doit se construire avec toutes les forces politiques. C’est une façon bien curieuse de se comporter pour un parti politique qui en plus détient la majorité des collectivités territoriales décentralisées dans notre pays, hélas !

Et si vous aviez un message à l’endroit des responsables de cette formation politique, que leur diriez-vous ?

Juste de changer de fusil d’épaule et pour cause, nous ne sommes plus à cette période où certains pensaient être au dessus des autres et les contraignaient à courir après eux. Non cette époque est révolue, le Cameroun doit être construit par l’action conjuguée de tous ses fils, que les responsables du RDPC abandonnent leur attitude condescendante et reviennent à la raison.

Quelles sont donc vos perspectives après ce travail de suivi sur le terrain ?

Nous allons continuer avec le suivi citoyen. Comme vous pouvez le constater, tous les travaux dont nous avons parlé, n’ont pas encore démarré. Tel que nous l’avons annoncé dans le planning prévisionnel, le démarrage effectif des travaux semble prévu pour le mois d’avril 2018. Nous allons donc faire le suivi citoyen de tous ces travaux sur le terrain, nous allons même commencer par suivre ce que le MINDUH a entrepris tout dernièrement au niveau du carrefour BIAO. Nous allons toujours dans nos perspectives, penser à la systématisation de nos rapports avec les collectivités territoriales décentralisées, et aussi à intégrer tous les comités, des arrondissements à la région en passant par les départements, afin que nous puissions très largement, nous imprégner de tout ce qui se passe et rendre suffisamment compte aux populations au service de qui nous sommes.

Entretien Dexter NANA

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