Interview : Flaubert Djateng, Coordonnateur de Zenü Network « Mon souhait pour 2018, c’est que la jeunesse soit en cette année électorale, un instrument de construction de la paix et non une force de déstabilisation ».

Quel  bilan  le coordonnateur Djateng Flaubert  fait-il de l’année 2017 de Zenü Network?

L’année 2017 de Zenü Network coïncide avec la fin d’un projet, le Programme Jeunesse culture et citoyenneté, qui a eu trois phases qui  nous ont permis de concevoir des outils de promotion de la citoyenneté, de concevoir des outils pour dénoncer la corruption en milieu scolaire, concevoir des outils pour promouvoir la culture au niveau des jeunes. Ces outils sont disponibles et ont été testés avec efficacité. Leur existence  nous met dans une position nous permettant de nous  rapprocher d’autres acteurs  pour les convaincre de l’adoption et de l’utilisation desdits outils  sur toute l’étendue du territoire national. Donc 2017 pour nous est comme un accomplissement. Nous  terminons une marche d’escalier dans notre vision et dans notre processus  de transformation sociale. Ceci étant,  2018 sera une nouvelle marche que nous entamons.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées jusque là,  dans les différentes  phases du PJCC qui vous ouvrent  la porte sur 2018 ?

Déjà le fait d’avoir eu un très bon accord de coopération avec la délégation régionale des enseignements secondaires de l’Ouest nous a permis d’avoir une très grande marge de manœuvres pour travailler. Mais dans le système nous avons eu beaucoup de résistances, de réticences de la part de nombreux chefs d’établissements.   Le travail que nous faisons malheureusement va à l’encontre des intérêts personnels ou individuels de certains responsables. En conséquence, nous ne pouvions travailler que là où les responsables sont engagés, là où ils ont pris corps avec la lutte que nous menons contre la corruption qui est un problème qui envenime la plupart des établissements secondaires  de notre pays. Vous savez que nous sommes dans un environnement dans lequel le chef d’établissement  qui s’engage devient un peu comme un solitaire et doit parfois essuyer les critiques de ses homologues.  Nous  avons donc eu beaucoup de difficultés à créer  un mouvement qui touche tous les responsables des établissements scolaires. Ils sont nombreux à vous tenir des discours   contre la corruption, des discours en faveur de l’éthique mais qui dans la réalité,  ne se manifestent  pas par des actes concrets. La deuxième difficulté se trouve au niveau des enfants. Ils  ont  fortement cru en nous  au départ. Mais ne voyant  pas les sanctions suivre, ils se sont un  peu refroidis. Ils sont d’accord pour le combat de réduction de la corruption en milieu scolaire.  Mais, ils vont être totalement acquis à la cause lorsque un enseignant attrapé la main dans le sac,  doit être puni et sévèrement.  Ils ont trouvé que les sanctions de rappel à l’ordre ou d’avertissement étaient trop faibles.  Ils ne se sentent plus protégés lorsqu’ après avoir   dénoncé un enseignant qui a dépassé les limites, ils constatent   que ce dernier est encore là, qu’on l’a sanctionné avec légèreté si non avec complaisance, alors  Ils ne se sentent plus en sécurité. La troisième difficulté que nous avons c’est au niveau des acteurs. Dans le combat que nous menons, nous ne pouvons pas avoir des résultats probants seuls. Nous avons besoin d’être soutenus ou d’être accompagnés  par d’autres acteurs de la société civile. Or la plupart des organisations de la société civile  de la région de l’Ouest où nous sommes bien implantés, n’ont pas de programme financés n’ont pas les moyens pour suivre et par moments, nous manquons de collègues ou de collaborateurs pour faire foule avec nous dans le combat en vue de la réduction la corruption en milieu scolaire.

Et si maintenant on parlait de 2018 à la fois pour Zenü Network et le Cameroun, sous quel signe placez vous cette année nouvelle ?

2018 c’est intéressant parce que dans le Programme Jeunesse Culture et Citoyenneté, nous avons une activité que l’on appelle Forum des Jeunes du Cameroun,  qui s’est bien déroulé et qui a fêté sa neuvième édition. Cette année, nous serons rendus à notre dixième édition du Fjc, et 2018 est une année électorale au Cameroun. Ceci est très intéressant parce que, comme nous travaillons avec  les jeunes sur des questions de citoyenneté, l’année électorale pour nous est une belle occasion de regarder quel est le contact entre la jeunesse et les processus électoraux, quel est le contact entre la jeunesse et les dispositifs  de choix des maires,  des députés et du président de la république, et quelle est leur perception.  Nous espérons que le Fjc  va permettre de capitaliser et de voir,  quels sont les processus de construction de la citoyenneté des jeunes. A quel moment est ce qu’ils passent de l’adolescent à l’adulte, à quel moment ils prennent conscience du fait qu’ils sont des  adultes et qu’en tant que tels, ils ont  des droits et des devoirs.   Donc 2018 est une année de virage que nous allons regarder par rapport à la jeunesse  surtout dans le domaine de la construction de la citoyenneté. L’année 2018 est pour nous également une année où nous voyons le travail à faire avec  les institutions à savoir celles qui s’occupent de la jeunesse notamment le MINJEC et le MINESEC qui  sont nos deux ministères partenaires ou même de tutelle. Nous espérons qu’ils vont regarder les outils que nous avons conçus et testés d’un œil bienveillant, de manière à les  intégrer dans leur système pour promouvoir l’intégration nationale, pour promouvoir l’éthique   dans tous les espaces où on rencontre les jeunes.

Vous l’avez dit vous-même, c’est depuis neuf ans que vous travaillez dans le domaine de la lutte contre la corruption en milieu scolaire.  Félicitations pour cette bataille noble et exaltante.  Est-ce qu’en neuf ans les lignes ont vraiment bougé ?

Ce que nous avons réussi à faire en neuf ans, c’est de rendre visible  le fait que, ne  rien faire pour réduire la corruption, c’est se  tirer une balle dans le pied  pour reprendre l’expression des militaires. En fait tous ceux qui ont été  en contact avec nous, nous avons activé en eux la fibre de la lutte contre la corruption. Que ce soit chez les enfants qui étaient avec nous, que ce soit chez les enseignants, que ce soit chez les responsables. Mais maintenant, le contexte ambiant ne nous a pas beaucoup aidés. Parce que lorsque quelqu’un s’engage, il a l’impression qu’il perd quelque chose. Je me rappelle de ces  parents qui me demandaient souvent : « pourquoi vous voulez que cet enfant échoue ? » comme pour dire que, «  pourquoi vous ne voulez pas qu’on paye les examinateurs pour qu’ils lui donnent les notes » ?  Ils savent que si on ne le fait pas, l’enfant va échouer. Donc, quand on a ce genre de contexte qui est défavorisant cela dérange. Mais ils savent en même temps que si nous n’investissons pas sur l’éducation de nos jeunes, nous aurons un avenir pourri. Nous aurons des jeunes qui ne seront pas contents ou qui ne seront pas à la hauteur de leurs responsabilités.  Nous sommes tous unanimes  que l’éducation c’est la clé de la réussite et du développement. Nous avons réactivé  cette fibre chez la plupart des gens qui étaient en contact avec nous. Nous passons maintenant à la phase du plaidoyer et nous espérons élargir la masse de personnes qui  vont comprendre qu’il faut faire quelque chose. Donc nous avons beaucoup d’espoir  que maintenant avec les outils que nous avons et avec les stratégies que nous avons développées, dans l’espoir aussi que les partenaires institutionnels suivent, nous aimerons avoir un appui institutionnel dans le sens de nous soutenir dans notre combat. Cet appui peut venir du MINJEC, du MINESEC, des institutions comme la CONAC, du Premier Ministère, même de la Présidence de la République pourquoi  pas. Qu’ils disent cette action il faut la faire et nous soutiennent. Parce que au niveau de la société civile, sans nous vanter, il n’y en a pas beaucoup qui ont pris le temps de faire des études et sur la  base desdites  études développer des stratégies, développer des outils, les tester, les valider et les mettre dans un document de façon qu’ils soient utilisables. La chose qu’on demanderait maintenant c’est que ces outils soient multipliés au maximum, et mis à la disposition des acteurs qui veulent bien se lancer dans le combat  afin qu’ils aillent  vite, vraiment très vite.

 

Sans avoir l’intention de refroidir votre enthousiasme, je voudrais vous rappeler la belle formule du philosophe camerounais Hubert MONO DJANA, qui affirme qu’au Cameroun on a écarté la norme pour normaliser les écarts. Quand on y ajoute le fait  que la corruption semble  être une hydre, votre combat, vous y croyez  toujours ?

Bon,  il y a également d’autres philosophes qui ont dit ne rien faire c’est accepter de mourir en restant dans son état. Donc je crois que celui qui ne fait rien ne doit pas se plaindre.   Nous ne voulons pas nous mettre dans la situation de ceux qui se plaignent, sans bouger.  Quand même, on est au bord du gouffre, il faut lutter. Et nous à Zenü Network, nous avons décidé de lutter. Même si  en regardant tout ce qui se passe autour, on peut être découragé,   nous avons la satisfaction de rencontrer des enseignants intègres, des chefs d’établissements intègres, des délégués qui nous disent  que  ce que nous faisons là, c’est pour les aider. Ils disent être bien contents  que nous soyons  présents dans cette lutte. Nous devons nous appuyer sur ces espoirs. Comme on dit, si dans une marre d’obscurité il y a une petite lumière, il faut la suivre. Voilà  la  petite lumière  qui nous guide   et nous pensons qu’il faut la suivre. Donc nous gardons toujours espoir et nous allons continuer à nous battre.

Vos vœux de 2018 à l’endroit de la jeunesse camerounaise à pour laquelle vous travaillez.

Je voudrais dire à la jeunesse camerounaise que nous entrons dans une année électorale, et pour cette année on a une bonne frange de jeunes âgés entre 20 et 35 ans qui d’après nos statistiques  sont moins de 30 pour cent sont inscrits sur les listes électorales. Et nous savons aussi que lorsqu’il y a trouble ce sont les jeunes qui constituent l’essence. C’est eux qui courent, qui cassent, qui tuent, c’est eux qui sont utilisés comme main d’œuvre pour détruire. Mon plus grand vœu c’est que l’année nouvelle soit au Cameroun une année de prise de conscience, de la part de ceux qui vont organiser le système électoral. Je souhaite  qu’ils ne mettent pas en place des choses qui vont semer le trouble. Mais aussi, je souhaite que les jeunes rentrent dans le système pour connaitre et comprendre, parce que souvent nous avons observé que les gens critiquent, alors qu’ils n’étaient pas présents, alors qu’ils n’ont rien fait pour garantir la qualité, pour garantir que les choses se fassent bien. Ils sont hors du système et ils le critiquent. Donc il faut s’inscrire sur les listes électorales,  voter et surtout protéger son vote. Donc mon vœu c’est que la jeunesse soit un instrument de paix et non un instrument de destruction.

Entretien conduit par Basile Honoré TCHUISSE

1 Commentaire
  1. Judith 5 mois Il y a

    Entretien très riche et édifiant !
    Merci à Vous Coordo ; Que cette année 2018, Chacun de nous s’engage à être un instrument de paix !

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