INTERVIEW : Dr. Hilaire KAMGA, Directeur Exécutif Futur Afrique Consulting

 

« Le code électoral camerounais n’est pas bon, il est entièrement à refaire. Parler d’une simple révision de ce code électoral est une nouvelle escroquerie que je partage pas »

Bonjour Dr. Hilaire Kanga, vous êtes ici à Bafoussam dans le cadre d’un séminaire de formation des observateurs électoraux. Peut-on avoir  un petit résumé du contenu de votre module ?

Le but global de la formation était d’outiller les Camerounais sur les techniques d’observation électorale. Et pour  que les gens se lancent dans cette activité qui est même devenue  une profession pour certains dans le monde, il faudrait avant tout avoir les fondamentaux du droit électoral. Il faudra donc notamment maîtriser le système électoral d’abord du point de vue global   scientifique et  du point de vue opérationnel  pour l’adaptation  au cas du Cameroun. C’est    sur ce dernier point que  je devais pouvoir intervenir en tant que expert électoral et  outiller les citoyens qui ont été choisis  par Un Monde Avenir et Zenü Network, pour  qu’ils comprennent ce que c’est que le droit électoral, qu’ils maîtrisent  les  contours et les fondamentaux du point de théorique et doctrinal, mais aussi pratique et opérationnel. Parce que  vous ne pouvez pas aller observer des élections sur le terrain, quand vous ne savez même pas à quoi renvoie telle ou telle notion. Il faut savoir ce que c’est que la fraude électorale et à quel moment on peut parler de fraude électorale. Tout ceci doit être maitrisé par l’observateur électoral. Donc le système électoral était le cœur de l’exposé que j’ai présenté à ces citoyens que j’ai trouvé très engagés et je pense qu’avec des pouls comme ceux-ci multipliés, la démocratie pourra mieux se porter au Cameroun.

Vous avez questionné tout le long de votre exposé le code électoral camerounais. Peut-on en quelques mots savoir ce que vous lui reprochez ?

Le code électoral camerounais vous le savez n’est pas bon. J’ai commis tout un ouvrage sur les cent problèmes du code électoral camerounais,  si on peut ainsi identifier cent problèmes à ce code cela voudrait tout simplement dire qu’à la réalité, le code doit être mis à la poubelle. Je ne suis même pas  de l’avis de ceux qui parlent de la révision du code électoral. C’est une très mauvaise façon d’aborder la question,  c’est être très clément que de parler de révision du code électoral, c’est je dirais même une nouvelle escroquerie en fait.  Il faut refaire un nouveau code électoral parce que celui qui est là,  n’est pas bon du tout. Il ne peut pas traduire une véritable dévolution du pouvoir consenti de manière libre par les citoyens camerounais. Il y a trop de problèmes dans le code électoral camerounais. Je parle ici du contenu même du code actuel avec la mécanique  de gestion du processus électoral. Je vous prends un exemple, l’escroquerie d’Elections Cameroun  comme étant l’organe  central de gestion des élections, c’est une escroquerie qui n’est pas traduite par le code électoral. Celui ne fait pas d’Elecam le principal  patron du processus électoral,  il est patron seulement jusqu’au niveau des commissions communales.  A partir des commissions départementales, il est membre du processus comme les autres. Car dès que  les procès verbaux sont  au niveau des commissions départementales, ELECAM ne fait plus rien dans ces PV. Il ne fait plus rien  au niveau des commissions régionales, il est membre mais il n’est pas le président.   On ne peut pas dire qu’un commissaire qui est parmi dix ou vingt autres commissaires a un rôle transcendantal sur les autres.  Donc, il faut affirmer dans le code qu’ELECAM est le maître du processus. Vous ne pouvez pas dans un  code électoral sérieux, subjectiviser la candidature.  L’appréciation subjective est un déni de droit, on ne doit pas encadrer de façon subjective une disposition légale c’est-à-dire que quand on dit dans le code qu’il ne faut pas être d’intelligence avec  un pays étranger, il faut qu’on nous explique clairement ce que cela signifie.  Ca veut dire quoi tout ça ? Moi j’ai fait des études en France et j’ai des amis français. Est-ce que cela veut dire que demain on peut me filmer avec mon ami français et dire à partir de là que je suis en intelligence avec la France ?  C’est trop subjectif tout ça. On ne peut pas encadrer une loi électorale de cette façon car elle donne la liberté de pouvoir discriminer de façon fantaisiste des candidatures.  On ne peut donc pas avoir un code électoral comme le nôtre dans lequel j’ai identifié 100 problèmes et dire qu’on a un code électoral. Donc le code électoral camerounais n’est pas à réviser, il est à refaire.

Vous vous êtes fait célèbre à travers  l’Offre Orange pour l’alternance au Cameroun. Peut on savoir où vous en êtes aujourd’hui avec le combat de l’Offre Orange ?

Le combat de l’Offre Orange est là, nous sommes toujours au cœur du processus, nous pensons  que les propositions de l’Offre Orange que j’ai signées au nom des auteurs, l’offre que le Cardinal TUMI a signé pour montrer que c’est la voie, pour montrer que c’est la bonne direction,  comme vous le savez, si on est sérieux au Cameroun, on doit reconnaître que le Cardinal TUMI c’est quand même une personne crédible dans ce pays et donc quand il donne le ton, en préfaçant l’offre Orange, il dit par là que c’est la voie à suivre. A partir de ce moment, je peux vous dire que les propositions qui sont dans l’Offre Orange sont encore d’actualité. Nous avons fait créer une branche politique de l’Offre Orange pour porter les candidatures  indépendantes des citoyens lors des prochaines élections au niveau de la base et autres. Maintenant au niveau national,  nous travaillons pour que ce qui paraît pour nous essentiel, à savoir la mutualisation des  forces, l’imposition d’une période de transition de quatre ans, la gestion collective du pouvoir par un comité,  ce que nous nommons la solution 22, avec un président qui gère la transition et un conseil  supérieur de la nation de  21 membres, que cela soit effectif car il faut recréer le Cameroun. Nous sommes dans la logique de la naissance d’une troisième république  qui  cette fois là est conçue par des mécanismes endogènes et non par des logiques importées de l’étranger. En même temps, l’Offre Orange se bat contre les logiques messianiques. J’entends ici des gens qui paraissent de nulle part, qui se la coulaient douce quelque part et qui à la veille des élections se découvrent des vertus de sauveurs du Cameroun, comme  des messies  qu’on aurait envoyé par ci par là et qui n’y comprennent davantage rien si non aller accompagner monsieur BIYA Paul  ou à disperser les voix des Camerounais. Ceux là auront la responsabilité historique de n’avoir pas compris que seule la mutualisation des forces pourra  permettre à ce pays de changer. Et donc,  nous nous battons contre cela. J’ai eu une rencontre au sommet avec le Pr. Maurice KAMTO, avec Me. MUNA pour que nous essayons de travailler. Je travaille de façon ouverte et j’espère que mes partenaires eux aussi, pour que nous allions vers la mutualisation des forces sans que ce ne soit sous le postulat que «  les gens mutualisent pour me suivre » Les gens doivent venir en sachant qu’on mutualise pour suivre celui qui dans un mécanisme  consensuellement adopté, sera le Un. Il ne faut pas que quelqu’un pose par postulat que c’est pour le suivre car il n’y a pas de raison que, ni KAMTI, ni MUNA, ni qui sais-je encore, pense qu’il a plus de légitimité que moi. Nous devons ensemble définir les règles qui permettent de choisir le Un. Sur ce point, j’ai vu en le Pr. KAMTO une certaine prédisposition assez  positive, j’espère que nous allons travailler ensemble et laisser le seul peuple témoin. Ceux qui se mettent en dehors de ce processus  sont ceux qui ne veulent pas voir le Cameroun changer.

Entretien mené par Dexter NANA

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