Interview. Djateng Flaubert, Coordonnateur de Zenü Network : « C’est très exaltant de travailler pour la jeunesse, d’être présent et de s’investir dans un secteur où on bâtit les Camerounais de demain ».

Quelles  sont les impressions du coordonateur de Zenü Network au terme de ces trois jours de formation et renforcement des capacités des points focaux du Programme d’Education à la Citoyenneté Active et à la Culture(Pecac) ?

Comme coordonnateur, en entrant dans l’atelier, j’étais au départ soucieux de voir le groupe avec lequel je dois travailler. Avec quel groupe je dois travailler était mon principal besoin. Mais déjà dès le premier jour, j’ai remarqué qu’il s’agissait d’un bon groupe. Un bon groupe dans le sens où il est diversifié. Il est constitué de jeunes, des adultes. Nous avons dans le groupe surtout des jeunes qui sont formés. Parmi les animateurs nous avons quatre qui sont titulaires d’un Master à l’université. Donc, lorsqu’on dans l’équipe des volontaires qui ont ce niveau de formation, on peut être sûr que tout va bien se passer. J’étais également impressionné par les responsables des organisations. On a un bon mélange de nouveaux et d’anciens, avec la particularité que les nouveaux qui sont là maintenant, sont très enthousiastes. La qualité des questions des anciens montre qu’ils ont bien compris la mission qui est la leur. A la fin de l’atelier et au regard de la participation des uns et des autres, je crois qu’on a un groupe sur lequel on peut compter pour mener ce plaidoyer. Maintenant dans notre dispositif de renforcement des capacités, il faudra prendre des mesures pour combler les petites lacunes, que nous avons repérées.

Trois jours de formation n’est-ce pas un peu trop juste pour des personnes qui pour certaines entendent parler du plaidoyer pour la première fois ?

Attention, l’atelier était certes de trois jours, mais il avait pour objectif la présentation du programme. On leur présentait le programme du travail à faire. Il y a eu une introduction sur le plaidoyer, mais nous avons une session de formation, prévue exclusivement sur le plaidoyer et cette fois là nous prendrons des études de cas, des exemples pratiques. Ce sera donc un moment réel de renforcement des capacités de la pratique du plaidoyer.

On a comme l’impression que certains aspects du plaidoyer que va mener Zenü Network à travers son Pecac contribuent à légitimer la privatisation de l’école par l’Etat camerounais?

Nous apportons une contribution aux orientations gouvernementales par rapport à la gestion de l’éducation au Cameroun. Nous avons fait une étude qui montre que les Associations des Parents d’Elèves et Enseignants(Apee) ont démissionné. Les Apee contribuent en terme financier à l’existence et à la gestion des écoles. Mais que ces mêmes Apee ne soient pas là, au moment où les questions de gouvernance se posent, au moment où les questions de redevabilité se posent, au moment où la qualité même de l’enseignement est en discussion, cela pour nous est un problème. Donc, les résultats de notre étude de terrain, nous interpellent et nous invitent absolument à faire quelque chose. Faire quelque chose c’est pour nous, renforcer les capacités des Apee, pour qu’ils jouent leur rôle. A savoir, un rôle de suivi et un rôle de contributeur à qualité de l’enseignement qui se fait. Et aussi un rôle d’éveil, parce que dans la gestion financière au sein de nos établissements d’enseignement secondaire, on a noté beaucoup de dérapages. On a noté des dérapages sur le plan de la gestion des marchés publics. Partout où il y a de l’argent qui entre, il y a   beaucoup de manquements que nous avons identifiés. Si les Apee jouaient leur rôle, on aurait réduit au moins de moitié tous les manquements que nous avons repérés. Au-delà il faut noter qu’il y a la frustration des enfants, du fait des enseignants qui sont également frustrés et qui ne jouent pas le rôle qui est attendu d’eux. Ils ne loupent pas la moindre occasion pour placer leurs intérêts personnels avant la mission d’éducation pour laquelle ils se sont engagés.

L’adoption des outils du Pecac sera-t-elle suffisante à faire que les Apee résolvent les contradictions qui leur sont propres ? Nous pensons ici tout d’abord au taux des contributions qui est fixé par l’administration scolaire et non par les parents eux-mêmes ?

C’est une contradiction qui est la conséquence du non fonctionnement de l’Association des Parents d’Elèves et Enseignants(Apee), qui est également la conséquence de leur absence au moment de la décision autour de ces questions. Notre espoir est que, en rendant leurs associations dynamiques, et fonctionnelles, en renforçant les capacités des responsables de ces associations, qu’ils soient outillés pour représenter et défendre les intérêts des parents. Qu’ils soient capables d’interpeller ceux qui décident sur ces taux, pour mettre sur la table leurs besoins. Je dirais non seulement mettre sur la table leurs besoins, mais faire la proposition en disant voici le taux que nous voulons, parce que nous estimons qu’en le collectant, nous aurons le montant d’argent qu’il faut pour réaliser les projets que nous avons retenus. Or, il faut aussi relever que la notion de planification budgétaire n’existe pas chez eux. Quand ils collectent l’argent rien n’est encore clair, ils ne savent pas quels sont les projets qu’ils entendent ? Donc il y a un travail de fond à faire. Pour que l’argent ne soit plus collecté à la tête du parent, ou bien à la décision du chef d’établissement, mais plutôt par rapport aux besoins réels que l’APEE a identifiés et en prend la responsabilité, que ce soit en relation avec le contenu de l’exercice de l’éducation ou bien que ce soit dans le domaine des infrastructures, il faut que ce soit eux qui s’engagent. Nous avons comparé le système anglophone et le système francophone. Il faut noter que dans le système anglophone, tout est bien organisé. Il y a une planification budgétaire à la fin de chaque année scolaire et au début de l’année, le nouveau bureau qui se met en place reçoit une proposition de plan et sur cette base,  il collecte les fonds pour le réaliser. Et notre espoir est que dans la zone francophone, les associations des parents d’élèves soient bien organisées. Qu’elles aient des programmes avec une planification donnée. Elles doivent avoir   un dispositif de gestion de l’argent collecté. Nous pensons par exemple aux cahiers de caisse, aux rapports financiers ainsi que les rapports d’activité. Elles doivent donc posséder un dispositif de redevabilité, à travers lequel elles rendent compte aux parents qui ont cotisé de l’argent. C’est ça notre espoir.

La deuxième contradiction est le fait que ces associations portent très mal leur nom. Elles sont, dans les faits, des associations d’élèves et non des parents ?

Ce sont des questionnements qu’il est bien de poser et de pouvoir les aborder. Evidemment, si ceux-là même qui ont la charge de traiter ces questions ne sont pas présents, vous voyez donc qu’il y a problème. Et vous avez raison de dire que ces associations deviennent plus des associations d’élèves qu’elles ne sont celles des parents, lorsque la collecte de l’argent est faite non en fonction du nombre des parents, mais plutôt au regard du nombre des enfants dans l’établissement. Le parent qui a cinq à six enfants dans un établissement, devrait pouvoir avoir quelque chose, en relation avec le nombre d’enfants. Mais, la question du nombre d’enfants n’a jamais été thématisée, dans le sens de voir qu’est ce que ça veut dire pour un parent! On a toujours vu la chose plutôt dans le sens l’existence d’un enfant. Or ce n’est pas la même chose, ce sont deux perceptions différentes. Vraiment, je reviens au fait que si tôt que ces parents vont prendre conscience du rôle de leurs associations, dans le sens qu’une Apee n’a pas pour seule mission la collecte de l’argent, ou de s’assurer qu’il y a des cotisations, mais que sa mission c’est de contribuer à l’éducation, ils comprendront aussi que leurs associations devraient représenter et défendre les intérêts des parents. A ce moment là, nous sommes sûrs que tous ces questionnements vont trouver leur place dans l’ordre du jour et on aura des discussions dans les réunions, qui vont toucher ces problèmes avec surement des propositions de solution. Il n’ya qu’à voir ce qui s’est passé à Bangangté. Quand nous avons commencé à y travailler, aux réunions des Apee, on n’avait pas 50 parents présents. Il y avait aussi la qualité des parents qui venaient, c’était des domestiques ou encore des tontons, et jamais les parents réels. Mais depuis que la sensibilisation à commencé, il n’y a plus eu de salle pour contenir les parents. On était obligé de faire des réunions en plein air, parce que les parents étaient de plus en plus nombreux. Ils avaient compris, leur rôle. Notre espoir est que dans toutes les structures qui sont impliquées, dans l’enseignement secondaire, à savoir les lycées et CES, les établissements privés qu’ils soient laïcs ou confessionnels, ces associations de parents d’élèves deviennent des entités qui contribuent à la qualité de l’éducation, qui contribuent également à la qualité du secteur, le secteur des enseignements secondaires étant un secteur clé. L’enfant dans le primaire, reçoit tout, mais au secondaire déjà, il commence à construire sa vision du futur. Alors si c’est loupé, on est bien parti pour avoir une génération ratée également. Donc nous travaillons pour que ces loupés là se fassent de moins en moins grands.

Le Pecac au-delà des cinq cents établissements voudrait couvrir tous les établissements scolaires du Cameroun et s’étendre même à d’autres administrations. Est-ce bien cela ?

 

Notre ambition c’est d’abord le secteur des enseignements secondaires. Nous avons conçu des outils, nous les avons testés, et nous pensons que si ces outils étaient adoptés par ceux qui ont la responsabilité de gérer l’éducation dans les enseignements secondaires, on aurait plus de qualité. La mallette pédagogique qui permet d’animer un Club d’Education Civique et d’Intégration Nationale(Cecin), fait que les enfants membres de ce club s’impliquent dans l’éducation à la citoyenneté, et travaillent pour qu’il y ait moins de corruption, ou de harcèlement sexuel, et moins de bavures en terme d’indiscipline, ou de consommation de drogue dans les établissements. Le guide de gestion des Apee, s’il est adopté par une association, si ses comptes sont transparents, si les réunions se tiennent, si les présidents, vice-présidents, censeurs trésoriers, connaissent leur rôle, si chacun sait qui doit faire quoi et comment comme indiqué en détail dans le guide, si les chefs d’établissement adhèrent à notre vision, décident de faire de l’éducation à la citoyenneté un cheval de bataille dans l’enseignement, adoptent le code de dénonciation citoyenne et appliquent les sanctions quand les enfants ont dénoncé les coupables, nous disons qu’avec cela, l’enseignement sera de qualité. 500 établissements scolaires, c’est là où nous irons regarder ce qui se passe. Le plaidoyer, si le ministère l’adopte, ce sera pour tout le Cameroun, car nous ne sommes pas présents partout. Notre espoir c’est que d’autres organisations de la société civile, aussi tôt que le gouvernement aurait adopté nos outils, se mettent aussi à la disposition des structures, ou bien au MINESEC pour contribuer à ce que la qualité devienne réalité. C’est ça aussi notre espoir, que des collègues se joignent à nous pour mener à bien cette tâche. Notre rêve c’est que ceci passe même dans un programme d’éducation à la citoyenneté, un programme national que va piloter le ministère de tutelle, avec l’appui des autres OSC.

Finalement pour vous, couvrir ces cinq cents établissements scolaires et plus, c’est un bon challenge ou simplement une tâche exaltante?

 

Oui c’est un bon chalenge. C’est intéressant de le faire, on sait qu’on est dans un secteur utile, étant donné que prêt de 60% de la population camerounaise sont dans les enseignements secondaires. C’est une couche sur laquelle, si on investissait on aurait l’espoir d’avoir un pays qui valorise mieux ses ressources et on aurait des enfants  de qualité qui ne vont pas seulement rêver de quitter le Cameroun et qui vont connaitre leur pays et l’aimer. C’est vraiment intéressant de travailler pour la jeunesse, intéressant d’être utile, d’être présent, et de travailler dans un tel secteur où on bâtit les Camerounais de demain.

Entretien Basile Honoré TCHUISSE

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