INTERVIEW : Augustin NTCHAMANDE, Régional Ouest de Dynamique Citoyenne : « il faut de plus en plus intéresser les Camerounais à ce qui les concerne à savoir la gestion des affaires de leur cité ».

Vous sortez d’un atelier de formation et de sensibilisation sur le plaidoyer pour la révision du système électoral au Cameroun. Peut-on avoir la substance du code électoral alternatif que vous entendez proposer en remplacement du code électoral actuel ?

A propos du code électoral alternatif dont Dynamique Citoyenne se fait le porteur de projet, nous pouvons dire qu’il y a pour nous 19 amendements clés qui pour nous pourraient constituer le point départ des élections plus libres, plus crédibles, plus justes et plus transparentes au Cameroun. Nous avons proposé étant donné que c’est un point de crispation que tout le monde connaît, des élections plus concurrentielles à deux tours qui permettraient à une véritable légitimité électorale de s’installer au niveau de nos institutions, que ce soit au niveau des élections municipales, législatives ou présidentielles. Un autre point de crispation au niveau du code électoral, c’est le fait que le code précise que le procès verbal qui fait foi est celui détenu par Elecam. Çeci pose problème car en cas de contestation, tous les partis politiques et tous les autres acteurs qui prennent part au processus électoral, sont disqualifiés pour prétendre avoir une copie du procès verbal qui puisse emporter l’adhésion du juge. Parce que le juge électoral va trancher sur la base du procès verbal d’Elecam. Et cela nous amène au troisième point, qui porte sur les modalités de transmission de ce procès verbal. On sait que le circuit est trop long, et il permet parfois pour des esprits un peu malveillants de procéder à des tripatouillages de ces procès verbaux. Donc pour ne prendre que ces trois points sus cités, nous pensons que si on travaille dans ce sens, on a la chance d’avoir des élections beaucoup plus crédibles. Et pourquoi ne pas aller vers la publication même à titre provisoire des résultats des élections par Elecam, étant donné que c’est lui qui centralise tous les résultats, on ne comprend pas pourquoi dans le code actuel, Elecam n’est pas habileté à publier les résultats, quitte à ce que la Cour Suprême qui siège en lieu et place du Conseil Constitutionnel, puisse valider ou invalider ces premiers résultats. Voilà quelques points saillants de notre électoral alternatif.

Quelles sont les chances de voir vos propositions prises en compte avant les élections de 2018, avez-vous constitué une masse critique suffisante à inverser la tendance actuelle ?

Disons qu’en toute chose il faut un début. Nous sommes dans un timing qui nous permet de penser que, d’ici à mars 2018 où la première session ordinaire de l’Assemblée Nationale doit siéger, cette masse critique commence à se constituer, autour de ces propositions d’amendements. Et cette étape, n’est qu’une étape parmi toutes les autres étapes du plaidoyer que nous sommes en train de mener sur le plan national. Il est question de faire ce que dans d’autres bords politiques, on nomme ’’l’appel du peuple ‘’. Vous savez très bien que l’appel du peuple n’est pas une marque déposée. Nous aussi, nous sommes le peuple et quand nous faisons cet appel du peuple, c’est pour dire que nous avons intérêt à aller vers cette révision là, pour avoir à consolider la paix pour laquelle le Cameroun s’est tant battu. Nous pensons que la masse critique viendra de ce que les gens seront informés, ils seront sensibilisés et on verra si chemin faisant d’autres acteurs politiques vont au moins se retrouver sur ce point qui est le dénominateur commun à savoir, des élections crédibles et transparentes pour que le meilleur puisse gagner, que celui qui a le plus de légitimité puisse arriver aux affaires et faire ses preuves, quitte à ce que il y ait une alternance par la suite s’il ne se montre pas à la hauteur des attentes du peuple. Voilà l’objectif de Dynamique Citoyenne.

Pour éviter que votre action ne soit isolée, avez-vous pensé à associer d’autres organisations de la société civile qui mènent le même combat que vous en vue d’une synergie d’action ?

Vous l’avez vu, quand j’ai décliné les termes de références de l’atelier, le troisième objectif spécifique, c’est justement de créer une synergie d’action avec les autres acteurs qui font sur les questions de gouvernance électorale. Quand je parle d’acteurs, il s’agit des partis politiques, des associations qui travaillent sur les questions de gouvernance. Les partis politiques parce que ce sont les premiers intéressés, c’est eux qui concourent à l’expression du suffrage universel, et les acteurs de la société civile parce qu’ils regroupent un ensemble de citoyens qui sont également intéressés par la chose politique en terme de gestion des affaires publiques.

Que ferait Dynamique Citoyenne si le pouvoir camerounais habitué à sa surdité, se bouchait les oreilles devant vos revendications, l’exemple de l’Afrique de l’Ouest et du Sénégal en particulier que vous valorisez ces derniers temps vous servira t-il de source d’inspiration ?

L’exemple sénégalais comme nous l’avons toujours dit, nous intéresse, pour la simple raison qu’il s’est exprimé dans le cadre des institutions. Nous avons dit quand on compare l’exemple sénégalais au burkinabè, on se rend compte que contrairement à l’exemple burkinabè qui était une expérience insurrectionnelle, l’exemple sénégalais était une expérience institutionnelle qui s’est jouée dans le cadre des institutions. Nous avons vu qu’avec la mobilisation populaire, l’élection a basculé en faveur de l’alternance c’est-à-dire en faveur du camp qui était porteur d’un projet neuf pour les Sénégalais. Et cette expérience nous intéresse à plus d’un titre parce que justement, le Cameroun tout comme le Sénégal joue le jeu des institutions. Nous croyons que les acteurs jouent le jeu des institutions et donc que si la masse critique est constituée, nous pouvons donc en tant que citoyen électeur peser sur le vote pour que ceux qui méritent la confiance populaire puisse effectivement se voir porter aux affaires. Je voudrais dire que nous sommes heureux de voir qu’ici à Bafoussam, nous avons déclaré notre réunion et monsieur le Sous-préfet a délivré un récépissé de tenue de ladite réunion. Pour nous, c’est un signe qui ne trompe pas. Cela veut dire simplement qu’il faut faire les choses dans les règles de l’art et nous sommes des citoyens à part entière et nous pensons que nous sommes aussi porteurs des projets qui peuvent permettre à notre pays de parvenir à l’émergence tant proclamée.

Croyez-vous franchement, en un possible éveil citoyen des populations camerounaises. Pour un peuple que vous avez présenté comme étant apathique, croyez-vous qu’il puisse se mobiliser comme c’est le cas en Afrique de l’Ouest ?

Je pense que vous posez là le problème de la structuration de notre société. Vous savez très bien que historiquement, nous sommes dans une société qui a été déstructurée et dépolitisée, contrairement aux pays de l’Afrique de l’Ouest qui ont plusieurs longueurs d’avance sur le Cameroun. Maintenant, il faut entrer dans un processus de construction des structures sociales et c’est pour cela que nous pensons qu’une organisation comme Dynamique Citoyenne ne devrait pas se limiter simplement aux actions au niveau du centre. Il faut aller vers les périphéries pour toucher les populations. Et dans ce sens, nous sommes en train de sortir progressivement du centre de l’Ouest qui est Bafoussam, pour nous installer dans la périphérie et voir effectivement comment constituer cette masse critique. Il faut travailler sur la durée, nous ne pensons pas qu’il y ait une génération spontanée. Il faut de plus en plus intéresser les Camerounais à ce qui les concerne à savoir la gestion des affaires de leur cité.

Entretien mené par Dexter NANA.

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