Entretien avec Dr. Michel NGUETI, « Nous ne voulons pas d’une deuxième édition de la caravane de la honte, non parce que nous ne voulons plus pourchasser les élèves paresseux et indisciplinés, mais parce que nous espérons qu’ils tirent les leçons de cette dernière et deviennent tous meilleurs ».

 

Voilà la substance la deuxième partie de la réaction du Dr. Michel NGUETI suite aux remous suscités par la caravane de la honte qu’il a organisée en fin janvier 2018 a sein de son lycée.

Vous avez au début de cette rentrée du deuxième trimestre organisé une caravane des élèves paresseux et sur la voie de l’expiation. Dites Dr. D’où vous est venue cette idée et à quelle fin ?

Mais comme toute idée, elle nous vient de la réflexion, une réflexion inspirée par le souci de faire acquérir chaque fois par nos élèves, le meilleur niveau d’éducation et de connaissance possible. Nous savons que le monde dans lequel ils vivent comme le leur a dit le Chef de l’Etat, est un monde de compétition où seuls les meilleurs tirent leur épingle du jeu. Ces idées nous viennent aussi de la réflexion collégiale avec mes collègues, avec les parents d’élèves, avec le conseil d’établissement. Pourquoi devrais-je m’en tenir uniquement au concept de progression et de progression continue, ce dernier  concept conduisant au BAL DU PROVISEUR. Pourquoi ne pourrais-je pas aussi avec ceux qui m’entourent réfléchir sur la meilleure façon de pousser ceux qui ne veulent pas s’engager sur le chemin de la réussite avec distinction à s’y engager ? C’est le sens du dernier concept en date que certains ont interprété comme étant quelque chose contre les élèves. Ce faisant, ils se sont lourdement trompés car nous n’avons jamais rien fait pour autant que nous nous en souvenions, contre qui que ce soit. Nous avons toujours réfléchi pour les élèves qu’on nous confie. Bon, on a estimé que cela pouvait gêner sur le plan psychologique  certain nombre d’élèves, c’est possible ! Mais la preuve est loin d’être faite que la majorité allait en souffrir. Et d’après ce qui me revient du terrain, beaucoup d’élèves qui étaient astreints à cette activité là, sont en train de promettre  que plus jamais on ne les y prendra. Si cela signifie qu’ils ont rompu le lien maléfique  avec l’indiscipline et la paresse, cela est plutôt une bonne chose. Notre caravane de la honte  a défrayé la chronique, elle n’a pas fait l’unanimité a posteriori. Mais je dois vous dire deux choses. Premièrement, jusqu’à ce que cette idée soit mise en œuvre, il n’y avait jamais eu quelque objection que ce soit. Ni du côté des parents des concernés, ni du côté du conseil d’établissement, ni du côté des collègues. La deuxième chose, c’est que ça doit peut être nous enseigner. Lorsque vous faites ce qui est bien et qui peut être mis à votre crédit, j’ouvre une parenthèse pour vous dire que le ministère des enseignements secondaires à l’époque, quand   ma vieille idée de progression continue a vu le jour et mise en œuvre au Lycée Bilingue de Bafoussam, la haute hiérarchie s’y était intéressée, il m’avait même été conseillé de la faire breveter, parce que l’originalité de cette idée a été reconnue au niveau  du ministère par tous les experts qui y sont, ce que nous avons sciemment refusé de faire. Comme je l’ai dit souvent, quand j’ai été nommé proviseur j’ai entrepris de protester, parce que je ne savais pas ce que je venais faire dans cette affaire là. Plus tard quand j’ai vu ce que ces petites inventions là permettaient de réaliser sur le terrain en termes de résultats, considérés aussi bien du point de vue de la qualité que du point de vue de la quantité, j’ai compris que c’était une mission. J’ai donc dit non, je ne peux pas dans le cours de cette affaire, découvrir quelque chose qui est bien pour la jeunesse camerounaise et courir la breveter pour m’enrichir tout seul ou enrichir ma famille, au contraire je vais la proposer à tout le monde. Ce n’est pas pour rien qu’au début de chaque année scolaire j’écris à chacun des mes élèves pour leur parler de cela. Mais qui dit aux gens que ce n’est pas aussi une façon de partager, avec  tous ceux qui lisent et sont à la recherche des idées novatrices pour améliorer le niveau des élèves, car c’est ce qui nous intéresse. Les résultats viennent même après, ce que nous désirons en priorité c’est que le niveau des élèves soit aussi bon que possible et chaque jour  plus bon. Je vous dis ces deux choses là que je fais et cela ne semble intéresser personne. Mais maintenant qu’on essaye de faire bouger ceux qui ne semblent pas comprendre qu’ils devraient travailler d’arrache pied pour faire partie des convives du proviseur à la rentrée, vous voyez ce que cela provoque. Mais peut être que certains y voient l’occasion de me contrer d’atteindre des objectifs qui ne méritent pas qu’on en parle ici. Que les gens sachent que nous n’avons rien fait contre personne. Si une poignée d’élèves ou même un peu plus a des problèmes par rapport à cela, nous nous en excusons et nous attendons l’évaluation. On verra ce que ça aura donné. Mais encore une fois, ce n’était pas contre les élèves, c’était pour les élèves.

Comment a réagi votre hiérarchie et jusqu’où pensez vous aller dans l’implémentation de cette nouvelle idée ?

Je vous dirais que bien entendu, je ne peux pas parler de ma hiérarchie, qui comme le nom l’indique si bien, elle m’instruit et j’exécute. Voyez vous, nous avons posé l’acte, nous espérons  que ça va porter, c’est-à-dire que beaucoup d’élèves ont été touchés, et ont compris que l’indiscipline et la paresse ne sont pas des choses qu’on doit promouvoir. C’était là le but de l’opération. Cela dit, si la hiérarchie pensait dans les jours avenir nous donner des instructions, nous ferions ce qu’elle nous instruit de faire. Voilà ce que je peux dire.

A quand donc la deuxième édition de la caravane de la honte du lycée classique de Bafoussam ?

Tout va dépendre de la réaction de la hiérarchie. L’activité était conçue pour être purement interne. Tout s’est passé au sein du campus, portail fermé, sans aucun media. L’activité s’est retrouvée par la suite sur les réseaux sociaux et j’ai parfois eu l’impression que certaines images ont été montées exprès pour décrédibiliser  l’action. Mais je dis que tout ça c’est périphérique car encore une fois, ce qui nous intéresse c’est que le niveau des élèves s’améliore, que les élèves travaillent mieux et que leur niveau s’améliore, c’est tout ce que nous recherchons. Si demain ceux qui en ont qualité estiment qu’on doit seulement compter les élèves qui ont réussi et les célébrer, en abandonnant ceux qui n’ont pas été disciplinés et n’ont pas réussi, ou ont moins bien réussi, je considérerai que le fonctionnaire subalterne que je suis doit se comporter  comme il se doit, c’est-à-dire exécuter les instructions de la hiérarchie. Mais je ne suis pas pessimiste, car la  hiérarchie peut aussi  dire que c’était une bonne chose et dans ce cas nous nous sentirons encouragés.

Entretien mené par Basile Honoré TCHUISSE

 

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