Augustin NTCHAMANDE, Secrétaire exécutif de l’Organisation Nationale des Parents pour la Promotion de l’Education(ONAPED) :

« Le système a voulu que la corruption soit quelque chose de communément partagée et il existe des convenances pour que perdure le phénomène ». C’est la substance d’un entretien qu’il nous a accordé au terme de la formation des points focaux du PECAC de Zenü Network sur le plaidoyer.

Vous  êtes à Zenü Network dans le cadre d’un séminaire de renforcements de vos capacités sur le plaidoyer.  C’est  quoi le plaidoyer ?

Le plaidoyer suivant les enseignements que nous avons reçus, est une action, c’est une  stratégie d’influence en vue de faire prendre une décision ou de faire changer une politique par une autorité qui en a le pouvoir. Et dans le cas d’espèce, le plaidoyer de Zenü Network a un objectif bien précis, faire adopter  par  le MINESEC la mallette pédagogique d’animation  du club d’éducation civique et d’intégration nationale et le Guide de gestion des associations des parents d’élèves et enseignants dans le but   d’améliorer la gouvernance scolaire dans son ensemble et d’impacter  positivement sur  la formation et sur  l’éducation de la jeunesse.

On aurait pu penser que  les acteurs de la corruption en milieu scolaire seraient mentalement plus disposés à comprendre le bien fondé de votre combat.  A votre avis, quelle justification apporter à toutes ces  résistances ?

Les résistances et les réticences se justifient par le fait que le système a voulu que la corruption soit quelque chose de communément partagée. Il y a des convenances pour que le phénomène perdure, même si  il y a certains acteurs  qui disent au moins  pour la forme que la corruption doit être combattue et donc Zenü Network ne fait que prendre au mot les gouvernants et ceux qui ont des pouvoirs qui leur ont été délégués pour  gérer le milieu scolaire je veux dire   les chefs d’établissements scolaires, les délégués départementaux et les délégués régionaux des enseignements secondaires.  Zenü Network et ses partenaires comme ONAPED prennent au mot simplement   nos dirigeants pour dire  que comme vous avez décidé de combattre la corruption, nous y allons. Mais nous ne sommes pas dupes car nous savons qu’il y a des résistances, il y a des réticences, il y a peut être des  lobbys  même qui s’organisent pour que le combat ne puisse pas aller au rythme  où nous l’avons souhaité. Nous sommes très conscients de toutes ces difficultés.

Vous évoquez là, la duplicité qui est celle de nombreux responsables qui disent combattre la corruption  alors qu’en réalité ils sont ses principaux animateurs.  Comment intégrez-vous cette duplicité dans votre plaidoyer ?

Disons déjà qu’il faut catégoriser les différentes parties prenantes à cette lutte là.  Il faut  établir des profils pour voir ceux qui sont ambigus comme ceux que vous décrivez et savoir  à quel moment ils disent la vérité et à quel  autre moment ils mentent sur leur intention réelle de combattre la corruption. C’est pour cela justement qu’il peut paraître très difficile de combattre le phénomène parce que  tous les acteurs n’avancent pas à visage découvert. Il y en a beaucoup justement, peut être la majorité même  qui avance à visage masqué. Mais  en réalité  pour nous, tout cela c’est se cacher derrière son petit doigt parce que nous avons une bonne maîtrise des acteurs du terrain. Nous savons qui peut faire quoi, nous savons qui ranger dans telle ou telle autre catégorie d’acteurs. Est-ce qu’ils sont des alliés ou des opposants à la lutte contre la corruption ? Je dois d’ailleurs dire que l’un des exercices que nous faisons consiste à nous donner les moyens de discriminer et à séparer le vrai du faux et détecter ceux qui peuvent  être des freins à l’action et ceux qui peuvent  par contre être encouragés dans leur action de lutte contre ce fléau.

Il est ressortit de vos différents  échanges que les résistances sont un peu plus prononcées dans la région du Centre. Ne peut-on pas voir dans ces résistances les mêmes attitudes que celles responsables qui dans le cadre de la décentralisation ont du mal à se départir  de certaines responsabilités à savoir transférer une partie de leurs responsabilités à la périphérie ?

A l’analyse, il s’agit là simplement des logiques de pouvoirs qui s’affrontent parce que  de toutes les façons, quand vous avez dans un établissement scolaire  qu’il soit à Bertoua, à Bafoussam, à Mouloundou où dans  n’importe quelle ville de la république, des Clubs d’éducation civique et d’intégration nationale qui fonctionnent, des codes de dénonciation de la corruption qui fonctionnent, quand vous avez des associations des parents d’élèves et enseignants dont le fonctionnement repose sur le Guide de gestion des Apee et dont les parents suffisamment éclairés ont leur mot à dire sur le pilotage de l’établissement où leurs enfants sont inscrits, quand vous avez en plus  d’autres acteurs comme les organisations de la société civile qui peuvent s’intéresser à la vie de l’établissement, vous comprenez que  c’est le pouvoir en lui-même qui est ainsi partagé parce qu’il y a de nouveaux acteurs  qui interviennent dans la sphère du pouvoir. Donc c’est pour cette raison que je dis que c’est une guerre des pouvoirs mais aussi une guerre des intérêts parce que certains chefs d’établissements ont des intérêts suffisamment ancrés et qu’ils tiennent absolument à préserver. Ce sont des privilèges qui contre vents et marrées ils tiennent à garder.

Entretien, Dexter NANA

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